Confessions d'un révolutionnaire/05

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Confessions d'un révolutionnaire/05/04 Confessions d'un révolutionnaire/05/06

[original French]

Eh bien! sur le Gouvernement comme sur la Religion, ia controverse dure depuis l'origine des sociétés, et avec aussi peu de succès. Autant de gouvernements que de religions, autant de théories politiques que de systèmes de philosophie : c'est-à-dire, pas de solution. Plus de deux mille ans avant Montesquieu et Machiavel, Aristote, recueillant les définitions diverses du gouvernement, le distinguait suivant ses formes : patriarchies, démocraties, oligarchies, aristocraties, monarchies absolues, monarchies constitutionnelles, théocraties, républiques fédératives, etc. Il déclarait, en un mot, le problème insoluble. Aristote, en matière de gouvernement, comme en matière de religion, était sceptique. Il n'avait de foi ni en Dieu ni à l'État.

Et nous qui, en soixante années, avons usé sept ou huit espèces ! de gouvernements; qui, à peine entrés en République, sommes déjà las de notre Constitution; nous, pour qui l'exercice du pou- ; voir n'a été, depuis la conquête des Gaules par Jules César jusqu'au ministère des frères Barrot, que la pratique de l'oppression et de l'arbitraire ; nous enfin qui assistons en ce moment aux saturnales des gouvernements de l'Europe, avons-nous donc plus de foi qu'Aristote? N'est-il pas temps que nous sortions de cette malheureuse ornière, et qu'au lieu de nous épuiser davantage à ' la recherche du meilleur gouvernement, de la meilleure organisation à faire de l'idée politique, nous posions la question, non plus sur la réalité, mais sur la légitimité de cette idée?

Pourquoi croyons-nous au Gouvernement? D'où vient, dans la société humaine, cette idée d'Autorité, de Pouvoir; cette fiction d'une Personne supérieure, appelée l'État?

Comment se produit cette fiction? Comment est-ce qu'elle se développe? Quelle est sa loi d'évolution, son économie?

N'en serait-il point du Gouvernement comme de Dieu et de l'Absolu, qui ont si longtemps et si infructueusement occupé les philosophes? Ne serait-ce pas encore une des conceptions primo- gènes de notre entendement, auxquelles nous donnons à tort le nom d'idées, et qui, sans réalité, sans réalisation possible, n'expriment qu'un indéfini, n'ont d'essence que l'arbitraire?

Et puisque, relativement à Dieu et à la Religion, l'on a trouvé déjà, par l'analyse philosophique, que sous l'allégorie de ses mythes religieux, l'Humanité ne poursuit autre chose que son

[English translation]

Well! On Government, as on Religion, the controversy has endured since the origin of societies, and with as little success. Autant de gouvernements que de religions, autant de théories politiques que de systems of philosophy: that is to say, there is no solution. More than two thousand years before Montesquieu and Machiavelli, Aristotle gathered the various definitions of government, distinguishing them according to their forms: patriarchies, democracies, oligarchies, aristocracies, absolute monarchies, constitutional monarchies, theocracies, federative republics, etc. He declared, in short, that the problem was insoluble. Aristotle, with regard to government, as with regard to religion, was a skeptic. He had faith neither in God nor in the State.

And we who, in sixty years, have gone through seven or eight kinds of governments; who, hardly entered into the Republic, are already weary of our Constitution; we, for whom the exercise of power has only been, from the conquest of the Gauls by Julius Caesar until the ministry of the brothers Barrot, the practice of oppression and tyranny; we, finally, who witness in this moment the saturnalia of the governments of Europe, do we then have more faith than Aristotle? Isn't it time that we get out of this unhappy rut, and instead of exhausting ourselves any more in the search fort the best government, the best organisation to make of the political idea, we should pose the question, no longer of the reality, but of the legitimacy of that idea?

Why do we believe in Government? From where, in human society, comes that idea of Authority, of Power; that fiction of a superior Person, called the State?

How is that fiction produced? How is it developed? What is its law of evolution, its economy?

Won't it be with Government as with God and the Absolute, which have so long and so fruitlessly occupied the philosophers? Ne serait-ce pas encore une des conceptions primogènes de notre entendement, auxquelles nous donnons à tort le nom d'idées, and that, without reality, without possibility of realization, expresses only something indefinite, which only has tyranny for its essense?

And then, relative to God and Religion, we have already found, by philosophical analysis, that beneath the allegories of its religious myths, Humanity pursues nothing other than its