Confessions d'un révolutionnaire/18

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[original French]

droit chemin; elle s'écarte tantôt à droite, tantôt à gauche, comme attirée et repoussée par des forces contraires : et ce sont ces oscillations, combinées avec les attaques du socialisme et les résistances de l'absolutisme, qui produisent les péripéties du drame social.

Ainsi, tandis que le mouvement direct de la société donne lieu à deux partis contraires, l'absolutisme et le socialisme, le mouvement oscillatoire produit à son tour deux autres partis, hostiles entre eux et aux deux autres, que j'appellerai, de leurs noms historiques, le premier juste-milieu ou doctrinarisme, le second, démagogie, jacobinisme ou radicalisme.

Le juste-milieu, connu des philosophes sous le nom d'éclectisme, vient de cette disposition d'esprit égoïste et paresseuse, qui préfère aux solutions franches des accommodements impossibles; qui accepte la religion, mais faite à sa convenance; qui veut de la philosophie, mais sous réserve; qui supporte la monarchie, mais complaisante, la démocratie, mais soumise; qui proclame la liberté du commerce, mais en se couvrant de protections; qui s'arrangerait de la gratuité de la circulation et du crédit, mais en stipulant un intérêt pour ses capitaux; qui, enfin, fait consister la sagesse à tenir la balance égale, autant que possible, entre l'autorité et la liberté, le statu quo et le progrès, l'intérêt privé et l'intérêt général; sans jamais comprendre que l'autorité engendre fatalement la liberté, que la philosophie est le produit inévitable de la religion, que la monarchie se transforme continuellement en démocratie, et, conséquemment, que le dernier terme du progrès est celui où, par la succession des réformes, l'intérêt individuel est identique à l'intérêt général, et la liberté synonyme d'ordre.

La démagogie, si connue en France depuis 60 ans sous le nom de jacobinisme, est le juste-milieu déguisé sous un masque de violence et'd'affectations révolutionnaires. Le jacobinisme en veut aux places, non aux institutions; il accuse les hommes, non les principes, s'attachant à changer les noms sans toucher aux idées et aux choses. Ainsi, tandis qu'il présente les rois et les prêtres comme des tyrans et des imposteurs, les modérés comme des mystificateurs et des ambitieux, il a soin de faire toute réserve pour le maintien de l'autorité qu'il convoite, et du préjugé dont il espère se servir. Les anarchistes et les libre-penseurs sont ses plus grands

[English translation]

right path it deviates sometimes right, sometimes left, as drawn and repelled by opposing forces: and these oscillations, combined with attacks on socialism and the resistance to absolutism, which produce the vicissitudes of the drama Social.

Thus, while the direct movement of society gives rise to two opposite parties, absolutism and socialism, the oscillatory motion in turn produces two other parties hostile to each other and the other two, I call, their historical names, the first centrist or doctrinaire, the second, demagoguery, or Jacobin radicalism.

Centrism, known to philosophers under the name of eclecticism, is of that egoistic and lazy frame of mind that prefers impossible accommodations to frank resolutions; that accepts religion, but at its own convenience; that takes to philosophy, but with caveats; that supports the monarchy, but complacently, and democracy, but passively; that proclaims free trade, but under cover of protectionism; that would arrange for free circulation and credit, but on condition that it receive interest on its capital; finally, that understands wisdom to be a matter of keeping an even balance, as much as possible, between authority and freedom, the status quo and progress, private interests and the public interest, without understanding that authority inevitably engenders freedom, that philosophy is the inevitable product of religion, the monarchy is changing continuously into democracy, and, consequently, that the last term of progress is reached when, by the succession of reforms, the individual interest is identical to the general interest, and freedom synonymous with order.

Demagogy, so well known in France these past 60 years under the name of Jacobinism, is centrism hidden behind a mask of revolutionary violence and affectations. Jacobinism wants the throne, not institutions; it blames men, not principles; focuses on changing names but keeping ideas and things as they are. Thus, while it presents kings and priests as tyrants and impostors, moderates as ambitious liars, it is careful to make a reservation for maintaining the authority it covets, and the prejudice that it hopes to serve. Anarchists and free thinkers are its greatest