Confessions d'un révolutionnaire/275

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[original French]

tionnelles; elles n'avaient rien de systématique. C'étaient des lois, non pas organiques, comme le projet de M. Passy et celui de M. Goudchaux, mais de salut public. Considérées dans leur résultat, elles étaient la prime d'assurance payée, une fois pour toutes, à la Révolution par la propriété.

La dictature fut donc faite, en 93, non point contre la propriété, mais pour la propriété. C'était si bien la propriété que la Convention et les jacobins entendaient défendre, que les socialistes de l'époque, qu'on nomme les enragés, furent livrés à la guillotine, et que la terreur des questions sociales fut plus grande de 92 à 94, que celle de la contre-révolution. Ce qui tombait sous le coup de cette dictature n'était point la société, vivante alors dans le tiers état ; c'était la caste qui, par le progrès du temps, s'était mise elle-même hors de la société. Et c'est encore ainsi que les Romains avaient conçu la dictature : chez eux elle apparaissait de temps à autre, non pour réformer les institutions, mais pour repousser l'ennemi.

Ici je ne puis me défendre d'un rapprochement pénible.

Une question sociale, sous le nom de loi agraire, avait été posée par les Gracques. Or, pendant vingt ans que dura l'opposition des deux frères, on les vit procéder constamment par les voies légales : jamais ils ne réclamèrent le bénéfice d'une dictature. Il ne s'agissait pourtant pas, comme aujourd'hui, de modifier la propriété romaine : il n'était question que de répartir entre les vieux soldats plébéiens les terres conquises sur les ennemis; encore cette répartition ne devait-elle pas avoir d'effet rétroactif. La loi agraire proposée par les Gracques était d'une saine politique : elle seule, en conférant à la plèbe, aux dépens de l'étranger, la propriété, pouvait raffermir la République chancelante, et refouler l'usurpation des Césars. Mais parce que cette loi semblait une restriction au droit d'acheter et de posséder, dont les patriciens usaient et abusaient à l'égard des territoires conquis, comme font les accapareurs à l'égard des grains et autres denrées, et conséquemment touchait au droit de propriété, si absolu, si inviolable chez les Romains, la réforme tentée par les Gracques ne put s'effectuer comme ils l'entendaient : les deux tribuns succombèrent l'un après l'autre, victimes de leur amour du peuple et de leur respect pour la loi* Quant à la loi agraire, on va voir ce qui en arriva.

[English translation]

tional, they were not systematic. These were laws, not organic, like the project of M. Passy and M. Goudchaux, but laws of public safety. Taken as a result, they were the insurance premium paid by property, once and for all, to the Revolution.

The dictatorship was therefore established, in '93, not against property, but for property. It was really property that the Convention and the Jacobins were meant to defend, for which the socialists of the time, called the enragés, were delivered to the guillotine, and for which the terror of social issues was greater, from '92 to '94, than the counterrevolution. What fell within the scope of this dictatorship was not society, living meanwhile in the third estate; it was the caste which, by the progress of time, had placed itself outside of society. And it was also thus that the Romans had conceived dictatorship: among them, it appeared from time to time, not to reform institutions, but to repel the enemy.

Here I can not resist a difficult reconciliation.

A social question, known as the agrarian law, was posed by the Gracchi. During the twenty years of the two brothers' opposition, they were constantly seen to proceed through legal channels; they never claimed the benefit of a dictatorship. However, then as now, it did not change Roman property relations; there was no question of apportionment among the old plebeian soldiers of lands conquered from the enemy; once again, this allocation must not have any retroactive effect. The agrarian law proposed by the Gracchi was a good policy: only thereby, conferring property onto the plebians at the expense of foreign ownership, could the tottering Republic be strengthened, and the usurpation of the Caesars prevented. But because the law seemed a restriction on the right to buy and possess, which the patricians used and abused with respect to the conquered territories, as hoarders do with respect to grain and other commodities, and consequently affected property rights, so absolute, so inviolable among the Romans, the reform attempted by the Gracchi could not be accomplished as they intended; the two tribunes died one after another, victims of their love of the people and their respect for the law. As to the Agrarian Law, we will see what came of it.