Confessions d'un révolutionnaire/276

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[original French]

D'institution économique qu'elle avait été d'abord, la loi agraire devint bientôt affaire politique; elle servit à la fois de prétexte et d'instrument à des ambitieux sans principes, Marias, Catilina, Jules-César, chefs de la démocratie socialiste du temps. Avec le dernier, la plèbe finit par l'emporter sur le patriciat. Mais elle ne jouit pas de sa victoire : elle n'en recueillit, au lieu de la liberté et de la richesse, qu'une dictature perpétuelle, l'autocratie des empereurs. Alors la question sociale fut enterrée avec la République. Les patriciens gardèrent leurs possessions : ils n'eurent besoin pour cela que île faire la cour à César. Ils les accrurent même, l'or qu'ils retiraient de leurs usures leur donnant le moyen d'acquérir sans cesse et d'asservir de plus en plus la plèbe. Quant à celle-ci, elle reçut en dédommagement des distributions de blé, elle eut des spectacles gratis, et ce fut fait du Sénat et du Peuple romain.

Le socialisme est pour nous ce que fut la loi agraire pour les Gracques : il ne peut se réaliser que par la légalité, le respect des droits acquis et de la Constitution. S'il se laisse aller aux entraînements de la politique, s'il cesse d'être chose d'institution pour devenir chose de gouvernement, s'il prétend s'établir par autorité dictatoriale, il ne réussira qu'à troubler la société et à soulever des réactions sans fin. Après des perturbations sans nombre, il finira par succomber sous les coups du pouvoir qu'il aura voulu prendre : c'est ainsi que le socialisme de 93, après s'être coalisé, pour le pouvoir, avec les jacobins, périt sous les coups des jacobins.

Mais ces considérations, qui touchent à l'essence de la propriété, ne sont rien encore auprès de celles que soulève dans les sociétés modernes le soin de la circulation, duquel dépend aujourd'hui la vie des peuples.

Peu de temps après les journées de Février, le Représentant du Peuple avait mis en lumière ce fait capital, qu'aujourd'hui la nation française ne subsiste plus, comme en 89, sur la propriété, mais sur la circulation ; que la séparation des industries, tout en augmentant la richesse, a détruit l'indépendance des fortunes; de sorte que le même pays qui avait pu, grâce à la vente de plusieurs milliards de biens nationaux, et surtout à la différence du régime économique, supporter, depuis l'ouverture des états-généraux jus-

[English translation]

From the economic institution that it was initially, agrarian law was soon turned into a political issue; it served as both a pretext and an instrument of unprincipled, ambitious types - Marias, Catiline, Julius Caesar, the leaders of the socialist democracy of the time. With the last of these, the plebians eventually outweigh the patricians. But it did not enjoy its victory: instead of freedom and wealth, it reaped a perpetual dictatorship, the autocracy of the emperors. Thus the social question was buried with the Republic. The patricians kept their possessions: they had no need for this island that courting Caesar. They even increased them, the gold they drew from their usuries providing them with the means to acquire ever more and to further subjugate the plebians. As to the latter, they received compensation in the distribution of wheat and enjoyed free entertainment, and all this was done in the Senate and the Roman people.

Socialism is for us what was the land law for the Gracchi: it can be achieved only through legality, with respect for acquired rights and the Constitution. If it is allowed to fall into the realm of politics, it ceases to be a matter of institutions to become a matter of government; if it attempts to establish itself through dictatorial rule, it will only succeed in disrupting society and giving rise to endless reaction. After countless such disturbances, it will eventually succumb to the blows of the power it meant to take: thus it is that the socialism of '93, after having allied itself with the Jacobins for the sake of getting into power, succumbed beneath the Jacobins' blows.

But these considerations, which pertain to the very essence of property, are nothing now in comparison to those raised, in modern societies, by the problems of circulation, on which the lives of entire peoples depend today.

Shortly after the days of February, the Représentant du Peuple had highlighted the important fact that today the French nation no longer lives, as in '89, on property, but on circulation; that the separation of industries, while increasing wealth, has destroyed the independence of fortunes, so that the same country which had been through the sale of several billion in national assets, especially in contrast to the economic system, to support, from the opening of the Estates-General to