Confessions d'un révolutionnaire/278

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[original French]

Quand toutes les volontés eussent été d'accord, — et la plus profonde discorde régnait au sein même du socialisme;

Quand toutes ces choses impossibles à régler par la discussion, inaccessibles à la théorie, eussent été décidées, — et l'on n'avait pas résolu le plus simple problème :

Je dis encore que la moindre chose qu'il y eût à faire avant de se mettre à l'œuvre était un inventaire, et je déclare que j'eusse préféré mille fois la mort à la dictature, plutôt que de me charger d'un pareil déplacement de fortunes, de fonctions, de personnes, de matériel et d'intérêts.

Est-ce bien sérieusement qu'on a rêvé d'accomplir une révolution sociale avec l'absolutisme d'une convention, d'un comité ou d'un dictateur? Conçoit-on ce qu'eut été le recensement, l'estimation, le transfert de toute la richesse mobilière et immobilière du pays, avec le déplacement de tous les individus, travailleurs, entrepreneurs, capitalistes et propriétaires : ce qui supposerait l'ouverture immédiate de deux ou trois cents millions de comptes différents, sur les livres de l'État et des associations nouvelles ? Car, une fois engagé dans cette voie, il aurait fallu la parcourir jusqu'à la fin : les départements, les villes et les villages auraient voulu suivre l'exemple de Paris; les métiers auraient été atteints comme les manufactures ; la petite propriété aurait suivi le sort de la grande. Tout ce qui serait resté hors du mouvement devenant obstacle au mouvement, il aurait fallu généraliser le système tous les jours davantage. Plus le rachat, lisez l'expropriation saus indemnité, de certaines portions de la fortune nationale aurait suscité d'obstacles, plus l'impatience révolutionnaire aurait cru s'en délivrer par des expropriations nouvelles. Qu'on se le dise, la révolution sociale, lentée par voie de rachat et de substitution, comme l'avait imaginé le Luxembourg, ne pouvait aboutir qu'à un immense cataclysme, dont l'effet immédiat eût été de paralyser le travail et de stériliser la terre, d'arrêter court la circulation, d'enfermer la société dans une camisole de force; et, s'il était possible qu'un pareil état de choses se prolongeât seulement quelques semaines, de faire périr, par une famine inopinée, trois ou quatre millions d'hommes.

Mais admettons, par impossible, que la révolution sociale, d'après les idées du Luxembourg, eût pu s'opérer sans précipita-

[English translation]

When all wills had been agreed - and the deeper discord reigned within socialism;

When all these things can not be solved through discussion, inaccessible to the theory, had been decided - and it did not solve the simplest problem:

I still say that the slightest thing he had to do before getting to work was an inventory, and I said a thousand times I would have preferred death to dictatorship, rather than take charge of a such a shift of fortunes, functions, people, equipment and interests.

Is this seriously we wanted to accomplish a social revolution with the absolutism of a convention, a committee or a dictator? Can you imagine what would have been the identification, assessment, transfer of all movable and immovable wealth of the country, with the movement of all individuals, workers, entrepreneurs, capitalists and landlords: This would entail the immediate two or three hundred million different accounts on the books of the State and new combinations? For, once embarked on this path, it would have to travel up to the end: the departments, cities and villages have wanted to follow the example of Paris, trades have been achieved as the manufactures small properties would followed the fate of the great. All that remained outside the movement would become an obstacle to movement, there have been widespread system every day more. More redemption, read saus expropriation compensation, certain portions of the national wealth would have resulted in barriers, the more revolutionary impatience would have thought it by issuing new expropriations. Spread the word, the social revolution, lentée by repurchase and substitution, as had been imagined Luxembourg, could only result in a huge disaster, which had the immediate effect was to paralyze the work sterilize the soil, stop short of the traffic, the company locked in a straitjacket, and if it was possible that such a state of things could last only a few weeks, to perish by famine unexpectedly, three or four million men.

But suppose the impossible, that the social revolution, according to the ideas of Luxembourg, had been effected without precipitation