Confessions d'un révolutionnaire/292

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

sions par découvrir que le remède à tant de misères, la solution de tant de problèmes, consiste à donner un plus libre cours à la liberté, en abaissant les barrages qu'ont élevés au-devant d'elle l'autorité publique et propriétaire?

Mais quoi! c'est ainsi qne l'humanité arrive à l'intelligence et à la réalisation de toutes ses idées.

Le socialisme paraît : il évoque les fables de l'antiquité, les légendes des peuples barbares, toutes les rêveries des philosophes et des révélateurs. Il se fait trinitaire, panthéiste, métamorphique, épicurien ; il parle du corps de Dieu, des générations planétaires, des amours unisexuelles, de la phanérogamie, de l'omnigamie, de la communauté des enfants, du régime gastrosophique, des harmonies industrielles, des analogies des animaux et des plantes. Il étonne, il épouvante le monde! Que veut-il donc? qu'est-ce qu'il y a? Rien : c'est le produit qui veut se faire Monnaie, le Gouvernement qui tend à devenir Administration ! Voilà toute la réforme.

Ce qui manque à notre génération, ce n'est ni un Mirabeau, ni un Robespierre, ni un Bonaparte : c'est un Voltaire. Nous ne savons rien apprécier avec le regard d'une raison indépendante et moqueuse. Esclaves de nos opinions comme de nos intérêts, à force de nous prendre au sérieux, nous devenons stupides. La science, dont le fruit le plus précieux est d'ajouter sans cesse à la liberté de la pensée, tourne chez nous au pédantisme; au lieu d'émanciper l'intelligence, elle l'abêtit. Tout entiers à nos amours et à nos haines, nous ne rions des autres pas plus que de nous : en perdant notre esprit, nous avons perdu notre liberté.

La Liberté produit tout dans le monde, tout, dis-je, même ce qu'elle y vient détruire aujourd'hui, religions, gouvernements, noblesse, propriété.

De même que la Raison, sa sœur, n'a pas plus tôt construit un système, qu'elle travaille à rètendre et à le refaire; ainsi la Liberté tend continuellement à convertir ses créations antérieures, à s'affranchir des organes qu'elle s'est donnés et à s'en procurer de nouveaux, dont elle se détachera comme des premiers, et qu'elle prendra en pitié et en aversion, jusqu'à ce qu'elle les ait remplacés par d'autres.

La Liberté, comme la Raison, n'existe et ne se manifeste que

[English translation]

end up by discovering that the remedy to so many miseries, the solution of so many problems is to give freer rein to freedom, to lower the barriers that have been raised before it by the public and proprietary authority?

Of course! Thus humanity comes to the intelligence and achievement of all its ideas.

Socialism appears: it evokes the ancient fables, legends of the barbaric peoples, all the dreams of philosophers and revealing. It is Trinitarian, pantheistic, metamorphic, epicurean; it speaks of the body of God, planetary generations, unisexual loves, phanerogamy, the omnigamy, the community of children, gastrosophical arrangements, industrial harmonies, analogies of animals and plants. It surprises, it frightens the world! What does it want, then? What is going on? Nothing; it is the product that aims to become Money, the Government that tends to become Administration! That is reform.

What is lacking in our generation is neither a Mirabeau, nor a Robespierre, nor a Bonaparte: it is a Voltaire. We do not know at all how to judge with the gaze of an independent and mocking reason. Slaves of our opinions as well as of our interests, taken with our own seriousness, we become stupid. Science, whose most invaluable fruit is to add unceasingly to the freedom of thought, turns to pedantry in our hands; instead of freeing intelligence, it brutalizes it. Entirely given to our loves and our hates, we laugh at others no more than we do at ourselves: in losing our wit, we lose our freedom.

Freedom produces everything in the world, everything, I say, even what it comes to destroy today, religions, governments, nobility, property.

Just as Reason, its sister, no sooner had begun to build a system, than it worked to extend it and to remake it; thus Freedom continuously tends to convert its former creations, to free itself from the organs which it gave itself and to procure new ones, from which it will be detached as from the first ones, and which it will take with pity and aversion, until it replaces them with others.

Freedom, like Reason, only exists and appears