Création de l'ordre dans l'humanité/03

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Création de l'ordre dans l'humanité/03/02 Création de l'ordre dans l'humanité/03/04

[original French]

Univers, on a donné des noms spéciaux aux choses connues et aux inconnues, aux visibles et aux invisibles, à celles que l'on sait et à celles que l'on croit.

Ainsi l'on appelle substance la matière, quelle qu'elle soit, de toute série, de toute organisation; le principe de toute inertie ou résistance. Dans une horloge, par exemple, la substance est le fer, le cuivre, en un mot les matériaux divers dont cette horloge est composée (1).

10. On entend par cause la force primitive qui détermine un changement d'état, une production d'ordre ou de désordre, en un mot un mouvement. — Les philosophes, par abus de langage, considérant les différents termes d'une suite mobile comme cause les uns à l'égard des autres, ont cru pouvoir, à l'aide de ces prétendues causes secondes, s'élever jusqu'à la connaissance des premières. Mais il est aisé de voir combien, en prenant des rapports pour des causes, ils se faisaient illusion. La cause qui fait marcher l'aiguille d'une horloge, d'après leur manière de voir, est une roue qui tourne; la cause qui fait tourner la roue est une chaîne roulée sur un pivot; la cause qui fait dérouler la chaîne est un poids qui la tire ; la cause qui fait tomber le poids est l'attraction ; la cause de l'attraction... est inconnue. Or, toutes ces causes sont les termes d'une suite mécanique produite dans le domaine de la force, comme un polyèdre de cire ou d'ivoire est un ordre géométrique produit dans le domaine de la substance. De même que la matière ne change pas avec les figures qu'on lui donne et les usages auxquels on l'emploie; de même la force ne varie pas non plus, c'est-à-dire ne se classe pas, selon les séries dont elle peut être le substratum, le sujet. L'erreur n'est donc point de nommer la substance et la cause (2) ; mais seulement d'aspirer à les connaître et de prétendre les expliquer.

11. Propriété, qualité, mode et phénomène sont autant d'expressions corrélatives de substance et de cause, et servant à désigner ce en quoi l'une et l'autre sont perceptibles, c'est-à-dire l'ordre ou le désordre qu'elles présentent.

12. D'après ces notions, l'ordre, ou ce qu'il y a de purement formel dans la nature, étant la seule chose accessible à la raison,

(1) Essence a plutôt rapport à la disposition et au but qu'à la matière, et s'entend de l'ensemble dî>s parties, nonces éléments constituants de la chose La substance d'une horloge peut être la même que celle d'un tour- nebroche : mais l'essence de la première consiste dans une combinaison dont le but est de marquer les divisions du temps; l'essence du second est simplement de produire un mouvement de relation contiuu, sans périodicité.

(2) Voir plus bas, chap. in, § 7.

[English translation]

Universe, one has given special names to the known and unknown factors, visible and invisible, those one knows and those one believes.

Thus one calls substance the matter, whatever it is, of any series, of any organization; the principle of any inertia or resistance. In a clock, for example, the substance is iron, copper, in a word the various materials of which this clock is composed (1).

10. One understands by cause the primitive force which determines a change of state, a production of order or disorder, in a word a movement. – The philosophers, by the abuse language, considering the various terms of a mobile continuation as causes the ones with regard to the others, believed to be able, using these alleged secondary causes, to rise until the knowledge of the first. But it is easy to see how much, by taking relations for causes, they were made illusion. The cause which makes go the needle of a clock, according to their manner of seeing, is a wheel which turns; the cause which makes turn the wheel is a chain rolled on a pivot; the cause which makes the chain unroll is a weight which draws it; the cause which makes the weight fall is attraction; the cause of attraction . . . is unknown. However, all these causes are the terms of a mechanical continuation produced in the field of the force, as a polyhedron of wax or of ivory is a geometrical order produced in the field of the substance. Just as the matter does not change with the forms one imposes on it and the uses to which one employs it, in the same way, the force does not vary either, i.e. is not classified, according to the series of which it can be the substratum, the subject. The error is not thus to name the substance and the cause (2); but only to aspire to know them and to claim to explain them.

11. Property, quality, mode and phenomenon are so many correlative expressions of substance and cause, and being used to indicate it in what one and the other is perceptible, i.e. the order or the disorder which they present.

12. According to these concepts, order, or what there is of the the purely formal in nature, being the only thing accessible to reason, the single object of science, becomes by that very fact the sole reality for reason.


(1) Essence, understood as the whole of the parts, not the constituent elements of the thing, pertains to the disposition and to the goal rather than the matter. The substance of a clock can be the same as that of a rotisserie: but the essence of the first consists in a combination the goal of which is to mark divisions of time; the essence of the second is simply to produce a continuous rotational movement, without periodicity.

(2)