Création de l'ordre dans l'humanité/06

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Création de l'ordre dans l'humanité/06/05 Création de l'ordre dans l'humanité/06/07

[original French]

17. J'appelle Science la compréhension, claire, complete, certaine et raisonnée de l'ordre.

Le caractère propre de la Science est, au rebours de la religion et de la philosophie, d'être spéciale, et, selon cette spécialité, d'avoir une méthode d'invention et de démonstration qui exclut le doute et ne laisse rien à l'hypothèse.

Relativement à la religion et à la philosophie, la Science est l'interprétation des symboles de la première, la solution des problèmes posés par la seconde.

Sur quelques parties de son vaste domaine, la Science ne fait encore que depeindre; sur d'autres, elle s'élabore; sur presque toutes, il ne nous est pas donné de l'achever. Mais, telle que nous pouvons l'acquérir, la Science suffit à l'exercice de notre raison, à l'accomplissement de notre mission terrestre, aux immortelles espérances de nos âmes.

Partout où la Science n'a pas planté ses premiers jalons, il y a religion ou philosophie, c'est-à-dire ignorance ou déception (1).

18. J'appellerai MÉtaphysique la théorie universelle et suprême de l'ordre, théorie dont les méthodes propres aux diverses sciences sont autant d'applications spéciales. Ainsi la géométrie et l'arithmétique sont deux dépendances de la métaphysique, qui leur donne à chacune la certitude et les embrasse dans sa généralité.

L'objet de la métaphysique est : 1° de donner des méthodes aux branches d'études qui en manquent, et par conséquent de créer la science là où la religion et la philosophie l'appellent;

2° De montrer le critérium absolu de la vérité;

3° De fournir des conclusions sur la fm commune des sciences, c'est-à-dire sur l'énigme de ce monde, et la destinée ultérieure du genre humain (2).

19. J'entends par ProgrÈs la marche ascensionnelle de l'esprit vers la Science, par les trois époques consécutives de Religion, Philosophie, et Métaphysique ou méthode.

D'après cela, le Progrès ne s'entend pas de l'accumulation des découvertes que le temps amène en chaque spécialité, mais de la constitution et de la détermination même des sciences.


(1) Le statuaire, chez les anciens, écrivait sur ses ouvrages le mot faciebat, travaillait, pour indiquer qu'il ne les regardait jamais comme finis : ainsi l'ami de la vente, toujours en j:arde contre le sophisme et l'illusion, peut se dire philosophe; savant, jamais. Mais la vanité moderne a rendu la dénomination de philosophe ambitieuse et celle de savant modeste : les savants d'aujourd'hui ne s'estiment quautant qu'ils se croient philosophes; le plus pur de la science, ils l'appellent philosophie.

(2) Lu métaphysique est ce que M. Auguste Comte nomme philosophie positive. (Note de l'éditeur.)

[English translation]

17. What I call SCIENCE is the clear, complete, certain and rational comprehension of order.

The proper character of Science is, contrary to religion and philosophy, to be specific, and, according to this specificity, to have a method of invention and demonstration which excludes the doubt and does not leave anything to hypothesis.

Relative to religion and philosophy, Science is the interpretation of the symbols of the first, the solution of the problems arising from the second.

On some parts of its vast field, Science is yet only dawning; on others, it is worked out; on almost all, it is not given to us to complete it. However, in so far as we are able to acquire it, Science suffices for the exercise of our reason, the achievement of our terrestrial mission, the immortal hopes of our souls.

Everywhere that Science has not planted its first stakes, there is religion or philosophy, i.e. ignorance or disappointment (1).

18. I will call METAPHYSICS the universal and supreme theory of order, a theory of which the methods specific to various sciences are as many special applications. Thus geometry and arithmetic are two subdivisions of metaphysics, which gives each of them their certainty and encompasses them in its generality. The object of metaphysics is: 1° to give methods to branches of study which lack it, and consequently to create science where religion and philosophy call for it;

2° to demonstrate the absolute criterion of truth;

3° to provide conclusions on the common goal of sciences, i.e. on the enigma of this world, and the ulterior destiny of mankind (2).

19. I understand by PROGRESS the upward march of the spirit towards Science, by the three consecutive epochs of Religion, Philosophy, and Metaphysics or method.

According to that, Progress does not mean the discoveries that time brings about in each specialization, but the constitution and the very determination of the sciences.


(1) The sculptor, among the ancients, wrote on his works the word faciebat, worked, to indicate that he never looked at them as finished: thus the friend of truth, always on guard against sophism and illusion, can call himself a philosopher; a scientist, never. But modern vanity has rendered the denomination of philosopher ambitious and that of scientist modest: the scientists of today do not esteem themselves as highly as those they believe to be philosophers; the purest science, they call philosophy.

(2) Metaphysics is what Mr. Auguste Comte calls positive philosophy. (Note of the editor.)