Création de l'ordre dans l'humanité/08

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Création de l'ordre dans l'humanité/08/07 Création de l'ordre dans l'humanité/08/09

[original French]

même ne sont qu'une vue plus ou moins claire de rapports soit extérieurs, soit intérieurs, soit sympathiques. Voir et sentir sont une seule et même chose : nous en avons une preuve frappante dans les songes. En sorte que, le moi ne possédant réellement pas, de quelque façon qu'il s'approche des objels par les sens, ne pénétrant et ne s'assimilant rien, le bonheur pour nous, la jouissance, la plus haute félicité se réduisent à une vision. L'homme a beau faire : sa vie est tout intellectuelle; l'organisme et ce qui s'y passe ne sont que le moyen qui rend celte vision possible.

Dans notre condition actuelle, la trop faible énergie de nos facultés ne nous permet qu'en partie de suppléer par l'entendement aux sensations; mais qui sait si, dans un autre système d'existence, le plaisir et la douleur ne seraient pas pour nous des choses purement intelligibles, et dont la perception, n'ayant besoin d'aucune excitation organique, ne dépendrait plus que d'un acte de la volonté?

Mais écartons la psychologie.

21. Concevons un moment où l'Univers ne soit qu'un tout homogène, identique, indifférencié, un chaos pour tout dire : la Création nous apparaîtra sous l'idée de séparation, distinction, circonscription, difl'érence; l'Ordre sera la série, c'est-à-dire la figure, les lois et les rapports, selon lesquels chaque être créé se séparera du tout indivis. Quelles que soient donc et la Nature divisante et la Nature divisée, la cause efficiente et la matière, l'agent et le patient, nous ne pouvons rien nier, rien affirmer de l'un ni de l'autre. L'esprit involontairement les suppose et s'élance jusqu'à eux : cet élan de l'intelligence nous révèle une réalité substantielle et une réalité causatrice, et nous verrons plus tard comment, sans les connaître jamais, nous pouvons acquérir la certitude de ces deux réalités. Mais notre science n'en demeure pas moins limitée à l'observation de l'ordre, des rapports et des lois : par conséquent toute dispute sur l'éternité de la matière ou son extraction du néant ; sur l'efficacité de la cause première pour produire cette extraction et le mode de l'acte créateur; sur l'identité ou la non-identité de la force productrice et de la chose produite, de la cause et du phénomène, du moi et du non-moi, doit être bannie de la science et abandonnée à la religion et à la philosophie.

Pour notre intelligence, en un mot, créer c'est produire de l'ordre : dans ce sens, on peut dire que la création ne s'est pas bornée aux six jours de Moïse et que l'œuvre du septième jour, le plus grand des travaux de l'éternel Poëte, l'ordre dans la société, est en train de s'accomplir.

[English translation]

are nothing but a more or less clear view of relations external, internal, or sympathetic. To see and to feel are one and the same thing: we have a striking proof of it in dreams. So that, the self not really possessing, in some way which it approaches the objects by the senses, not penetrating and assimilating anything, happiness for us, pleasure, the highest felicity are reduced to a vision. Man acts in vain: his life is completely intellectual; the organism and what happens to it are nothing but the means which makes this vision possible.

Under our current condition, the too feeble energy of these faculties enables us only partly to compensate by understanding the feelings; but who knows if, in another system of existence, pleasure and pain would not be for us purely intelligible things, the perception of which, having no need of any organic excitation, would no longer depend on anything but an act of the will?

But let us put aside psychology.

21. Let us conceive a moment when the Universe is nothing but a homogeneous, identical, undifferentiated whole, a chaos, in short: creation will appear to us under the idea of separation, distinction, circumscription, difference; Order will be the series, i.e. the figure, the laws and the relations, according to which each created being will be separated from the undivided whole. Whatever Nature dividing and Nature divided may be, the efficient cause and the material, the agent and the patient, we can neither deny nor affirm anything of either. The spirit involuntarily presupposes them and thrusts itself at them: this spark of intelligence reveals to us a substantial reality and a causal reality, and we will see later how, without ever knowing them, we can acquire the certainty of these two realities. But our science remains no less limited to the observation of order, of relations and laws: consequently, any argument on the eternity of the matter or its extraction from nothing, on the efficacity of the first cause to produce this extraction and the manner of the act of creation, on the identity or the non-identity of the creative force and thing created, the cause and the phenomenon, the ego and the non-ego, must be banished from science and abandoned along with religion and philosophy.

For our intelligence, in a word, to create is to produce order: in this sense, one can say that the creation was not limited to the six days of Moses and that the work of the seventh day, the greatest of the works of the eternal Poet, that of order in society, is still being achieved.