Création de l'ordre dans l'humanité/09

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Création de l'ordre dans l'humanité/09/08 Création de l'ordre dans l'humanité/09/10

[original French]

La production de l'ordre, tel est l'objet de la métaphysique.

22. Placé en face des choses et mis en rapport avec l'Ordre universel ou le Monde, d'abord l'Homme s'étonne et adore ; peu à peu sa curiosité s'éveille, et il se metà détailler le grand tout dont l'aspect au premier moment le subjugue, lui ôte la réflexion et la pensée. Bientôt le sentiment de son activité personnelle lui faisant distinguer la force de la substance et le phénomène de la cause, après avoir adoré la Nature, l'Homme se dit que le monde qu'il admire n'est qu'un effet; qu'il n'est point cette cause intelligente que cherchent son cœur et sa pensée; et c'est alors que son âme s'élance au delà du visible et plonge dans les profondeurs de l'infini. L'idée de Dieu dans l'homme est l'objet d'un infatigable travail, incessamment rectifié, incessamment repris. Cet Être suprême, l'homme le traite comme tous les autres êtres soumis à son étude : il veut le pénétrer et dans sa substance et dans son action, c'est- à-dire dans ce que les créatures elles-mêmes ont de plus impénétrable. De là cette multitude de monstres et d'idoles que l'esprit humain a décorés du nom de divinités et que le flambeau de la science doit faire évanouir à jamais.

Déterminer par la méthode universelle, sur les données de toutes les sciences et d'après les réformes successives qu'aura subies l'idée de Dieu en passant par la religion et la philosophie, ce que la raison peut afûrmer de l'Être souverain que la conscience croit et distingue du monde, mais que rien ne lui fait apercevoir, voilà ce que doit, ce que peut être une théodicée.

23. Religion, Philosophie, Science; la foi, le sophisme et la méthode : tels sont les trois moments de la connaissance, les trois époques de l'éducation du genre humain.

Consultez l'histoire : toute société débute par une période religieuse; interrogez les philosophes, les savants, ceux qui pensent et qui raisonnent : tous vous diront qu'ils ont été, à une certaine époque, et plus ou moins de temps, religieux. On a vu des nations s'immobiliser dans leurs croyances primitives; pour celles-là point de progrès. — On rencontre tous les jours des hommes opiniâtres dans leur foi, quoique fort éclairés d'ailleurs : pour eux point de science politique, point d'idées morales, point d'intelligence de l'homme. Des sentiments, des contemplations, des terreurs et des rêves, voilà leur partage.

D'autres, après avoir fait quelques pas, s'arrêtent aux premières lueurs philosophiques; ou bien, effrayés de l'immensité de la tâche, désespèrent de marcher et se reposent dans le doute : c'est la catégorie des illuminés, des mystiques, des sophistes, des menteurs et des lâches.

[English translation]

The production of order: such is the object of metaphysics.

22. Set before things and placed in relation to the universal Order or the World, initially Man is astonished and adores it; little by little, his curiosity awakens, and he starts to scrutinize the great whole whose face had initially enthralled him, barring him from reflection and thought. Soon, the feeling of his personal activity makes him distinguish the force from the substance and the phenomenon from the cause, and from having once adored Nature, Man comes to think that the world he admires is only an effect, that it is not the intelligent cause that his heart and thought seek; at this point in time, his soul leaps beyond the visible and plunges into the depths of the infinite.

The idea of God in man is the object of an untiring work, ceaselessly rectified, ceaselessly resumed. Man treats this supreme Being like all the other beings subjected to his study: he wants to penetrate it in its substance and its action, i.e. in what the creatures themselves have of what is most impenetrable. From there this multitude of monsters and idols that the human spirit decorated with the name of divinities and that the torch of science must make disappear forever.

To determine, by means of universal method, on the basis of the data of all the sciences and according to the successive reforms that the idea of God has undergone in passing from religion into philosophy, what reason can affirm of the sovereign Being that the conscience believes in and distinguishes from the world, but that nothing makes it see: here is what must, what can be a theodicy.

23. Religion, Philosophy, Science; faith, sophism and method: such are the three moments of knowledge, the three times of the education of mankind.

Consult history: every society begins with a religious era; question the philosophers, the scientists, those who think and reason: all will tell you that they were, at a certain time, and for a longer or shorter time, religious. One sees nations immobilized in their primitive beliefs: for these, there is no progress. - Every day, one encounters men who are obstinate in their faith, though otherwise extremely enlightened: for them, there is no political science, no moral idea, no understanding of mankind. Sentiments, contemplations, terrors, and dreams: this is what belongs to them.

Others, after having taken a few steps, halt at the first glimmers of philosophy; or, frightened by the vastness of the task, despair at going forward and rest in doubt: such is the category of the illuminati, the mystics, the sophists, the liars and the cowards.