Création de l'ordre dans l'humanité/10

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Création de l'ordre dans l'humanité/10/09 Création de l'ordre dans l'humanité/10/11

[original French]

CHAPITRE PREMIER
la religion
§ I. — La Religion impuissante à découvrir l'ordre.

24. La Religion est hostile à la science et au progrès : cetle proposition, qu'on pourrait croire dictée par l'impiété et la haine, est presque un article de foi.

Autre chose est de croire, dit un théologien, autre chose de juger ce qui mérite créance : Aliud credere, aliud judicare esse credendum. Il veut dire que le premier est de l'homme, et le second de Dieu ou de l'autorité qu'il a divinement établie pour enseigner les hommes. — Quelle est la règle de la foi? demande un autre. C'est de s'attacher à ce qui a été cru de tous, partout et toujours : Quod ab omnibus, quod ubique, quod semper.

Voilà bien, d'une part, la foi opposée au raisonnement; de l'autre, l'immobilité dans la foi prescrite. Déjà l'on avait séparé le spirituel du temporel; il ne restait plus qu'à le séparer du rationnel, et à faire de la science de l'homme, de la société, de Dieu même, une chose de tradition. Quand on est arrivé là, il faut mourir: on n'a plus rien à faire au monde et à dire aux hommes.

Mais ceci ne concerne que la morale et la théodicée (et ce n'est pas peu de chose, puisque la morale embrasse l'économie politique et la famille, et que la théodicée résulte des plus hautes conclusions de la métaphysique): il faut montrer que l'antipathie de la religion pour la science est générale.

25. Quelques esprits d'élite se sont imaginé de nos jours qu'en fécondant par la science les restes encore palpitants du catholicisme, on opérerait une heureuse révolution dans la société, en même temps qu'on servirait la Religion. On a pu se convaincre de la profonde répugnance de celle-ci pour le mouvement et la pensée. Des chrétiens, trop prévoyants pour le repos de leur foi, offraient de mettre au service de la religion tout ce que nous avons acquis de science historique, économique, naturelle: — et le pape a désavoué M. de Lamennais, imposé silence à M. Bautain; les théories progressives et tendantielles de M. Bûchez donnent l'alarme aux feuilles catholiques; M. de Genoude commence

[English translation]

CHAPTER ONE
religion
§ I. — Religion incapable of discovering order.

24. Religion is hostile to science and progress: this proposition, which might seem dictated by unbelief and hatred, is almost an article of faith.

It is one thing to believe, says a theologian, and another thing to judge what is deserving of belief: Aliud credere, aliud esse judicare credendum. This means that the first is from man, and the second from God or from the authority that God has established to teach men. — What is the rule of faith? asks another. It is to hold fast to what was believed by all, everywhere and always: Quod ab omnibus, quod ubique, quod semper.

Here, on the one hand, is the faith that is opposed to reason, and on the other hand, the immobility required by faith. Having already separated the spiritual from the temporal, it only remained to separate it from the rational, and to make the science of man, society, God himself, a matter of tradition. When one arrives at this point, death comes: there is nothing more to be accomplished in the world and told to men.

But this concerns only morality and theodicy (and this is no small matter, since morality encompasses political economy and the family, and theodicy results from the highest conclusions of metaphysics): that the antipathy of religion toward science is a general antipathy has yet to be demonstrated.

25. In our times, some elite minds have imagined that in fertilizing the surviving remnants of Catholicism with science, we would accomplish a happy revolution in society while serving the cause of Religion. One can rest assured of their profound loathing for movement and thought. Some Christians, too far-sighted for the repose of their faith, have offered to place in the service of religion all that we have gained of historical, economic, and natural science — and the Pope has repudiated M. de Lamennais, imposed silence on M. Bautain; the progressive and tendential theories of M. Buchez rouse alarm among Catholic newspapers; M. Genoud begins to