Création de l'ordre dans l'humanité/106

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[original French]

à l'aide d'un signe tout à fait mathématique, la monnaie, ou serait très-mal fondé à prétendre que l'organisation de la société peut sortir d'une opération de banque, d'une combinaison financière. Le classement des travailleurs, leur éducation, la balance de leurs droits et de leurs devoirs, sont des problèmes pour la solution desquels l'arithmélique est de peu de ressource.

Les médecins ont observé dans de certaines fièvres des périodes numériques : cela prouve-t-il que l'arithmétique et l'algèbre soient le dernier mot dela physiologie?

Les sons ont été soumis à l'analyse mathématique : cette analyse, que la plupart des grands compositeurs eussent été incapables d'exécuter, suffit-elle pour former un Mozart ou un Beethoven? Et, eu admettant que chaque son soit un rapport arithmétique, la succession de plusieurs milliers de ces rapports dont se compose l'opéra de la Juive ou de Robert le Diable, n'est-elle qu'une série arithmétique? Non, non, ce ne sont pas les chiffres qui forment les musiciens, pas plus que la prosodie ne fait les poêles ou la statique les danseurs et les architectes. Et qu'est-ce que l'astro- iiomie nous apprendrait sur la loi des salaires, la cristallographie sur la formation des langues, l'anatomie comparée sur la législation et l'histoire? Quel rapport entre un oignon de tulipe, une tête de pavot, une fleur de nénuphar, et la division de la France en provinces ou départements? Les spires d'un limaçon nous expliqueront-elles les révolutions du globe?...

Tenons donc pour certain que les séries d'ordres divers sont indépendantes; qu'elles ne s'expliquent point les unes les autres, et qu'en toute science il faut, sans rien préjuger de connaissances étrangères, chercher la série propre, l'en soi et le pour soi de la chose qu'on étudie.

191. L'indépendance des sphères sérielles élant reconnue, une ligne de démarcation infranchissable sépare les sciences les unes des autres, et l'idée d'une science universelle est pour nous une contradiction. En effet, quand on supposerait toutes les sciences nées ou à naître, portées d'abord à leur plus haut point de perfection, et réunies dans un seul homme, il en résulterait bien pour cet homme l'universalité des connaissances, mais non pas une science universelle. Pour qu'il y eût science universelle, il faudrait que toutes les sciences particulières s'enchaînassent les unes aux autres de manière à former une série démontrable par un principe unique (1), et susceptible d'être, dans son immense étendue, ana-


(1) Lorsqu'on démontre en géométrie que la surface du rectangle est (gale au produit de la base multipliée parla hauteur, de sorte que si l'une

[English translation]

with the aid of a completely mathematical sign, money, one would have little grounds to claim that the organization of society can come from a banking operation, from a financial combination. The classification of workers, their education, the balance of their rights and duties, are problems for the solution of which arithmetic is of little help. Doctors have observed numerical periods in certain fevers: does that prove that arithmetics and algebra are the last word in physiology?

Sounds have been subjected to mathematical analysis: is this analysis, which the majority of the great composers had been unable to carry out, enough to train a Mozart or a Beethoven? And, by admitting that each sound is an arithmetic relation, the succession of several thousands of which compose the operas Juive or Robert le Diable, is it only an arithmetic series? No, no, it is not the numbers that train the musicians, no more than prosody makes the poets or statics the dancers and the architects. And what would astronomy teach us of the law of wages, crystallography of the formation of languages, the comparative anatomy of legislation and history? What relationship is there between a tulip bulb, a poppy head, the flower of a water lily, and the division of France into provinces or departments? Will the whorls of a snail explain to us the revolutions of the globe? …

Thus let us hold for certain that the series of various natures are independent; that they are not explained the ones the others, and that in any science it is necessary, without anything to prejudge foreign knowledge, to seek the proper series, the in-itself and the for-itself of the thing which one studies.

191. The independence of the serial spheres being recognized, an insuperable line of demarcation separates the sciences from one another, and the idea of a universal science is a contradiction for us. Indeed, when one would suppose all the established and emerging sciences, first carried to their higher point of perfection, and joined together in only one man, the result from it, for this man, would indeed be a universality of knowledge, but not a universal science. For there to be a universal science, all of the particular sciences would have to be connected to one another so as to form but one series, demonstrable by a single principle (1), capable, in its immense scope, of being analyzed


(1) When one demonstrates, in geometry, that the surface of the rectangle is equal to the product of the base multiplied by the height, so that if one