Création de l'ordre dans l'humanité/112

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
Création de l'ordre dans l'humanité/112/111 Création de l'ordre dans l'humanité/112/113

[original French]

genres, des groupes suprêmes, ou plutôt des étiquettes sous lesquelles viennent se ranger toutes les idées. Je n'examine pas en ce moment quelle est la valeur et l'utilité des catégories, quelle garantie nous avons de leur précision et de leur nombre : je me borne à constater la tendance générale de l'esprit humain, qui, au même instant, dans la Grèce et l'Inde, s'efforçait, par le syllogisme et les catégories, de sérier les idées.

203. Près de quinze siècles après Aristote, sous les noms de réalisme, nominalisme, conceptualisme, catégories et universauz, on se mit à la recherche de la série dialectique avec une telle ardeur, que la théorie sérielle eût été probablement découverte, si l'état général des sciences à cette époque l'eût permis. Les temps modernes n'ont pas produit de dialecticiens plus pénétrants , plus ingénieux qu'un Guillaume de Champeaux, un Abailard, un Gilbert de la Porée, et tous ces docteurs subtil, angtlique, séraphique, universel, irréfragable, admirable, invincible, illuminé, etc., qui tous étonnèrent leurs contemporains, comme ils fatiguent l'érudition des modernes. L'effort dialectique qui se produisit au moyen âge et pendant plus de quatre siècles est prodigieux : malheureusement les sciences fournissaient peu de points de comparaison ; et, malgré la puissance d'abstraction et de généralisation des philosophes, comme on ne sortait pas de la méthode déductive, la question demeura, ou peu s'en faut, au point où on l'avait prise.

204. Enfin Bacon parut, apportant au monde son Novum Or- ganum, Nouvel Instrument. La première partie de cet ouvrage est une sorte de prodrome nosographique et thérapeutique, dans lequel Bacon passe en revue les erreurs ou maladies de l'espril humain auxquelles il donne le nom de fantêmes, idola, avec indication des remèdes. Ce n'est point encore là de la méthode; mais du moins c'est de l'observation, et l'observation conduit à la méthode.

Dans la deuxième partie de l'Organe, Bacon enseigne les règles de la méthode induclive, dont, selon lui, Platon aurait à peine donne l'ébauche. On voit par là que Bacon était avant tout homme de réaction, et c'est ce qui explique l'insuffisance de ses efforts. Au syllogisme, à la méthode déductive, dont l'impuissance était flagrante, Bacon opposait la méthode inverse, l'induction, remontant du fait à la cause, au lieu de descendre, comme Aristole, de la cause au phénomène, et s'imaginant que voyager d'Occident en Orient, au lieu d'aller d'Orient en Occident, c'était réellement changer de route. Bacon fit comme l'auteur du troisième Évangile : Matthieu avtit donné la généalogie d'Abraham à Jésus ; Luc, par

[English translation]