Création de l'ordre dans l'humanité/13

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Création de l'ordre dans l'humanité/13/12 Création de l'ordre dans l'humanité/13/14

[original French]

31. Telles furent les premières compositions par lesquelles l'esprit humain, essayant ses forces, répondait aux grandes questions de cosmogonie et d'anthropologie. Les miracles et théophanies faisaient partie essentielle de ces récits, dont les acteurs, abstractions personnifiées, revêtirent des formes fantastiques, pareilles à ces monstres dont les artistes du moyen âge chargeaient leurs sculptures : sphinx, dragons, lions ailés, chimères, centaures, démons, etc.

Or, telle était la base, non-seulement des croyances, mais de la morale et des lois. Qu'on juge, dès lors, si ces fables ou mythes étaient chères aux peuples, et précieuses aux législateurs ! Avec quel dédain on dut accueillir les premiers qui s'avisèrent d'en révoquer en doute la réalité! Qui êtes-vous, hommes nouveaux, leur disait-on, pour substituer les pensées de votre cœur à la parole de Dieu, à la foi de nos pères? Nos pères ont été témoins de ces miracles; ils ont reçu ces révélations; et nous savons qu'à Dieu rien n'est impossible...

Combien ensuite la foi religieuse dut se fortifier, lorsqu'on vit la philosophie elle-même échouer dans la solution des problèmes qu'elle accusait la Religion de travestir!

32. Le symbolisme, loin d'être une réponse aux problèmes dont je parle, n'a fait, pour ainsi dire, que les mettre en scène. Une erreur très-commune de nos jours est de s'imaginer que ces mythes cachent une philosophie profonde et de hautes formules métaphysiques, tandis qu'ils attestent l'impuissance même de la pensée, et la nullité de la science.

Plus on creusera l'esprit du dogme et les traditions, plus on se convaincra que la Religion roule perpétuellement dans un cercle d'idées concrètes dénuées de profondeur et de généralité ; plus on verra, chose singulière ! que la Religion ne comprend rien à ses propres mystères et à ses cérémonies, qu'elle s'ignore elle-même


la religion, telles que l'existence de Dieu, les principes de la morale, etc.; elle rejette seulement la manière dont la religion en rend compte, et les broderies qu'elle y ajoute. Ainsi la science admet que la continence est nécessaire a la paix des familles, au bonheur des mariages, au perfectionnement des personnes : mais elle est peu touchée de ces considérations religieuses, savoir, que nos corps sont les temples du Saint-Esprit; que Jésus-Christ a voulu naître d'une vierge et mourir vierge; que par sa virginité la mère de Dieu est devenue la plus parfaite des créatures; que le célibat est un état plus saint que le mariage; que la dévotion à Marie est un excellent moyen de conserver la pureté, etc. Toute cette partie théologique est mise par la science au rang des symboles; et, tandis que le vulgaire n'y voit qu'un accessoire de la religion, je l'appelle, moi, exclusivement religion.

Au reste, je déclare que je n'avance rien dans ce chapitre, que l'on ne professe publiquement dans l'université.

[English translation]

31. These were the first compositions in which the human mind, testing its powers, responded to the great questions of cosmology and anthropology. Miracles and theophanies were an essential part of these accounts, including actors, personified abstractions, clad in fantastic forms, like those monsters with which the artists of the Middle Ages loaded their statuary: sphinxes, dragons, winged lions, chimeras, centaurs, demons, etc.

However, this was the basis not only of belief but of morality and law. Let one judge, from that time on, if these fables or myths were dear to the people and precious to legislators! With what disdain one had to welcome the first who dared to cast their reality in doubt! Who are you, new men, they said, to substitute the thoughts of your heart for God's word, for the faith of our fathers? Our fathers were witnesses to these miracles, they received these revelations, and we know that for God, nothing is impossible...

How, then, religious faith had to fortify itself, when philosophy itself is seen to fail to solve the problems it had accused Religion of distorting!

32. Symbolism, far from resolving the problems of which I am speaking, has only dramatized them, so to speak. A very common error today is to imagine that these myths conceal a profound philosophy and high metaphysical formulas, when they testify to the impotence of thought and the invalidity of science.

The more the mind is cleared of dogma and tradition, the more one is convinced that religion perpetually turns in a circle of ideas devoid of profundity and generality, the more one sees - how unique! - that religion understands nothing of its own mysteries and ceremonies, that it does not know itself


religion, such as the existence of God, the principles of morality, etc.; it rejects the only way in which religion renders account of itself and the embroideries religion adds to it. Thus science admits that continence is necessary for the peace of families, the happiness of marriages, the development of peoples, but it is hardly affected by these religious considerations, namely, that our bodies are temples of the Holy Spirit, that Jesus Christ was born of a virgin and died a virgin, that the virginity of the mother of God made her the most perfect of creatures, that celibacy is a holier state than marriage, that devotion to Mary is an excellent way to maintain purity, etc. All this theology is science at the level of symbols, and while the vulgar see here merely an accessory to religion, I simply call it religion.

At any rate, I declare that I set forth nothing in this chapter that is not publicly professed in the university.