Création de l'ordre dans l'humanité/83

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Création de l'ordre dans l'humanité/83/82 Création de l'ordre dans l'humanité/83/84

[original French]

inconnues, l'on continuera de dire un esprit philosophique, une pensée religieuse. Mais on cessera de prendre pour des réalités la Religion et la Philosophie.

Sans la Religion, l'humanité eût péri dans l'origine; sans la Philosophie elle croupissait dans une éternelle enfance : mais l'opinion que Religion et Philosophie signifient autre chose qu'un état particulier de la conscience et de l'entendement, a été la plus grande maladie de l'esprit humain. La Religion et la Philosophie, conçues, la première comme révélation de dogmes divins, la seconde , comme science des causes, ont rempli le monde de fanatiques et d'hallucinés, dont les fureurs et les ridicules ont fait douter si le monde n'était point l'œuvre d'un Dieu paillasse ou anthropophage.

Toujours un peu de philosophie s'est mêlé à la Religion ; toujours un souffle de religion a pénétré la Philosophie. Le christianisme fut une religion philosophique, la plus philosophique des religions : Confucius, Platon , Paul apôtre, Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand, ont été des philosophes religieux. Leurs écrits sont immortels : mais de toutes les choses qu'il nous importait le plus de savoir, et dont ils ont parlé quelquefois avec une si grande éloquence, Dieu et la société, ils n'ont rien su, ils ne nous ont rien appris : et le mélange de qualités contraires que nous remarquons en eux a été sans fruit pour la science.

Quelle est donc l'illusion de ceux qui maintenant parlent d'unir, comme deux réalités, la Philosophie et la Religion ? La théologie est tombée, la sophistique est frappée à mort : il n'y a plus de religion, il n'y a point de philosophie.

[English translation]

unknown, one will continue to speak of a philosophical spirit, a religious thought. But one will cease to take Religion and Philosophy for realities.

Without Religion, humanity would have perished at birth; without Philosophy, it would have stagnated in an eternal childhood; but the opinion that Religion and Philosophy mean anything but a particular state of the conscience and the understanding was the greatest disease of the human mind. Religion and Philosophy, conceived, respectively, as the revelation of divine dogmas and the science of causes, filled the world with fanatics and hallucinators, whose furies and follies made one doubt if the world were not the work of God the clown or the cannibal.

A little philosophy has always been mixed with Religion; a religious spirit has always penetrated Philosophy. Christianity was the philosophical religion, the most philosophical of the religions: Confucius, Plato, the apostle Paul, Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand, were religious philosophers. Their writings are immortal: but they knew nothing, they taught us nothing of all the things it would have mattered most to know, and about which they sometimes spoke with such great eloquence, i.e., God and society: and the mixture of contrary qualities we have observed in them has been fruitless for science.

Which is thus the illusion of those which now speak to link, like two realities, Philosophy and the Religion? Theology has fallen, sophistry is struck dead: there is no more religion, there is no philosophy.