Création de l'ordre dans l'humanité/84

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[original French]

CHAPITRE III
la métaphysique (1)
———————
a m. bergmann
Professeur de littérature étrangère à l'Université de Strasbourg (2).

Ami,

C'est à toi que je dédie cet essai. C'est toi dont l'exemple et les conseils m'avertirent autrefois que, sans la science, la philosophie est l'ombre de la raison. Apprends quelque chose, disais-tu, et puis lu philosopheras.

J'ai répudié la philosophie; mais que diras-tu, Ami, en apprenant que du même coup j'ai nié aussi la religion? Toi, dont l'âme aimante et pure, dont l'esprit constamment élevé à Dieu rapporte à une religion suhlime tout sentiment, toute action, toute pensée: ne craindras-tu pas pour la société, pour la science elle-même, les conséquences de cette négation effrayante? Quelle sanction nouvelle allons-nous donner à la morale? quel but à la pensée? quelle espérance au cœur? Et qui suis-je, d'ailleurs, pour parler au nom de la science?

Il faut que je l'avoue en ce moment solennel : ce qui m'inquièle est moins l'incertitude de ma route que le sentiment profond de ma faiblesse; les distractions de ma vie, et le malheur d'une éducation toute philosophique et religieuse ne m'ont presque permis de rien apprendre. Ce n'est pas le dessin, ce sont les matériaux qui me manquent pour la réédification. Tout ce que je sais, je le dois au désespoir; la fortune m'ôtant le moyen d'acquérir, je voulus un jour, des lambeaux ramassés pendant mes courtes études,


(1) Nous avons fait remarquer déjà que ce que l'auteur entend par métaphysique est la même chose que ce que M. Aug. Comte appelle philosophie positive. Nous ajouterons que cette métaphysique correspond, pour le fond, à ce que les Allemands nomment logique. (Note de l'éditeur.)

(2) Auteur de plusieurs ouvrages de linguistique : 1° Poèmes islandais, Imprimerie royale, 1839; 2° De linguarum origine et natura; 3° Recherches sur la quantité prosodique. Strasbourg, 1841.

[English translation]

CHAPTER III
metaphysics (1)
———————
to m. bergmann
Professor of foreign literature at the University of Strasbourg (2)

Friend,

It is to you that I dedicate this essay. It was your example and counsel that informed me that, without science, philosophy is but the shadow of reason. Learn something, you said, and then you will philosophize.

I have repudiated philosophy; but what will you say, my friend, when you see that at the same time I have also denied religion? You, with your pure and loving heart, your spirit constantly lifted toward God, surrender every sentiment, every action, every thought to a sublime religion: will you not you fear for society, for science itself, the consequences of this alarming negation? What new sanction shall we give to morals? What new goal shall we set for thought? What new hope shall we give to the heart? And who am I, moreover, to speak in the name of science?

I must acknowledge, in this solemn moment, that what worries me is less the uncertainty of my path than the profound sense of my own weakness; the distractions of my life, and the misfortune of a very philosophical and religious education have allowed me to learn almost nothing. It is not the pattern but the materials that I lack for the reconstruction. All that I know, I owe to desperation; my fortune depriving me of the means of acquiring, as I desired to do someday, the scraps collected during my short studies,


(1) We have already pointed out that what the author understands by metaphysics is the same as what M. Aug. Comte calls positive philosophy. We will add that this metaphysics corresponds to what the Germans call logic. (Note of the editor.)

(2) Author of several works of linguistics: 1° Poèmes islandais, Imprimerie royale, 1835; 2° De linguarum origine et naturel;Recherches sur la quantité prosodique. Strasbourg, 1841.