Création de l'ordre dans l'humanité/86

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[original French]

« Le vrai moment du drame, pour les peuples comme pour les individus, .est celui où, discutant pour la première fois leurs croyances, ils se débattent, au sein du dieu de leurs pères, entre la foi et le doute : l'âme, réveillée en sursaut au milieu de la foi, s'efforce tout ensemble de la perdre et de la ressaisir (1). »

153. La philosophie, soit qu'elle affirme, soit qu'elle nie l'existence des dieux et la substantialité de l'âme, est, comme la religion, d'abord panthéiste. A la substance infinie, toute vivante, om- niforme, au grand Pan, elle substitue un moteur universel, une cause plastique qui informe la substance inerte, donne l'impulsion aux éléments, et allume la vie. Puis s'élevant rapidement à quelques formules générales, le plus souvent hypothétiques, auxquelles elle attribue une profondeur et une efficacité qu'elles n'ont pas, elle se flatte de réunir dans sa main les fils de ce vaste organisme. Enfin, son langage, sa grammaire, sou analyse, se composant sur son point de départ, elle invente une machine à démonstrations, machine perfide qui, après avoir produit des myriades d'opinions contradictoires, abîme la philosophie dans le doute.

154. Tandis que l'esprit, infatué de religion et de philosophie, poursuit ses chimères de révélation, et bâtit de fantastiques systèmes, une révolution secrète s'opère dans la connaissance humaine, presque à l'insu de la raison. Parmi tant d'imaginations et de fables, toujours quelque vérité naturelle se laisse prendre à l'esprit de l'homme, toujours quelques observations se recueillent, ne fût-ce que pour servir d'exemples aux aphorismes et de matière aux apologues. Peu à peu les observations se groupent; des rapports sont constatés, des suites formées; mais, comme si ces vérités profanes et triviales étaient indigues de leur haute pensée, le prêtre et le philosophe les abandonnent au vulgaire ignorant, comme une pratique brute et grossière. Semblable à l'auteur du christianisme, la science grandit dans l'obscurité et le dédain.

155. S'il est une vérité constante et démontrée en philosophie, c'est que toute science spécialisée et constituée n'est plus de son domaine; à mesure que la connaissance, en déterminant son objet, s'élève à la certitude, elle cesse d'être philosophique. Longtemps les philosophes sont à reconnaître ce mouvement, et quand enfin ils l'aperçoivent, ils s'écrient que la philosophie aussi est science ; qu'elle sfses limites, son objet, sa méthode ; que c'est précisément ce qu'elle cherche, et qu'il n'est pas juste de rire parce qu'elle ne l'a pas encore trouvé. Alors ils entreprennent sur eux-mêmes un travail de comparaison, d'élimination et de synthèse,

(1) E. Quinet, Du Génie des Religions.

[English translation]

“The true moment of the drama, for the people as for individuals, is that in which, discussing first their beliefs, they struggle, in the breast of the god of their fathers, between faith and doubt: the soul, awakened in spirit in the middle of the faith, endeavours altogether to lose it in order to seize it again.” (1)

153. Philosophy, whether it affirms or denies the existence of gods and the substantiality of the soul, is, like religion, initially pantheist. For the infinite substance, very alive, omniform, for the large Side, it substitutes a universal engine, a plastic cause which informs the inert substance, gives the impulse to the elements, and lights the life. Then, rising quickly with some general formulas, generally hypothetical, to which it allots a depth and an effectiveness that they do not have, it is flattered to join together in its hand wire of this vast organization. Lastly, its language, its grammar, its analysis, being composed on its starting point, it invents a machine with démonstrations, perfidious machine which, after having produced myriads of contradictory opinions, damages philosophy in the doubt.

154. While the spirit, infatuated with religion and philosophy, persists in its dreams of revelation and builds fantastic systems, a secret revolution takes place in human knowledge, almost without reason being aware of it. Among so many imaginations and fables, always some natural truth is allowed to the spirit of man, always some observations are gathered, only to be used as examples for aphorisms and matter for apologues. Little by little the observations group; relations are noted, continuations formed; but, as if these profane and commonplace truths were unworthy of their high thought, the priest and the philosopher abandon them to the vulgar ignorant as a rough and coarse practice. Similar to the author of Christianity, science grows in darkness and disdain.

155. If it is a truth constant and shown in philosophy, it is that any science specialized and constituted is no longer of its field; as knowledge, by determining its object, rises with the certainty, it ceases being philosophical. A long time the philosophers are to be recognized this movement, and when finally they see it they exclaim that philosophy also is science; that it has its limits, its object, its method; that it is precisely what it seeks, and which it is not right of laughing because it laughs A not found yet. Then they undertake on themselves a work of comparison, elimination and synthesis,


(1) E. Quinet, Du Génie des Religions.