Création de l'ordre dans l'humanité/95

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[original French]

tradictoire. La cohésion des corps et la succession des phénomènes nous donnent l'idée de continuité : mais, en fait, cette continuité n'existe nulle part.

Lors donc que Leibnitz a dit que la nature ne fait rien brusquement, ne procède point par sauts, mais agit d'une manière suivie et progressive, et qu'il a appelé cette loi loi de continuité, il faut entendre qu'il a voulu parler d'un progrès sérié, d'une série aussi serrée, aussi fréquente que l'on voudra, mais non d'un progrès continu. Les idées de continuité et de progression semblent même s'exclure : qui dit progrès dit nécessairement succession, transport, croissance, passage, addition, multiplication, différence, série enfin ; en sorte que l'expression mouvement continu n'est pas autre chose qu'une métaphore. Le mouvement est la série de la force, comme le temps est la série de l'éternité.

172. La nature, en combinant les éléments et composant les atomes, commence par les séries les plus simples, et s'élève par degrés aux plus complexes : mais, si petits et si serrés que soient ces degrés, un abîme les sépare ; il n'y a pas continuité.

La ligne que décrit un corps tombant vers la terre est peut-être l'image la plus parfaite de la continuité : il n'y a pourtant de continu dans ce phénomène que la force d'attraction qui entraîne le corps ; quant au mouvement, il a lieu dans une progression numérique telle, que nous ne le concevons que comme une échelle descendante, dans laquelle les degrés s'allongent de plus en plus, dans une proportion donnée. Voilà pour le mouvement accéléré : quant au mouvement uniforme, il est aussi introuvable dans la nature, que le mouvement perpétuel l'est en mécanique.

L'état moléculaire des corps est une autre preuve de la non- continuité : l'or, le plus dense des métaux, a plus de vide que de plein. Bien plus, ses molécules ne se touchent pas ; elles sont seulement en rapport par leurs atmosphères ou pôles magnétiques, et forment entre elles des groupes et des systèmes, miniatures microscopiques des systèmes sidéraux.

Tirez par une de ses extrémités une barre de fer d'un mètre de longueur, la barre vient à vous par un mouvement simultané : la traction paraît donc s'exercer d'une manière continue dans toute la barre. Mais supposez, au lieu d'une barre d'un mètre de long, un fil métallique d'un myriamètre, et vous verrez que la traction se communiquera d'une extrémité à l'autre du fil en un temps déjà appréciable. — C'est, dit-on, la pesanteur du fil jointe à son élasticité qui occasionne ce retard. Mais qu'est-ce que l'élasticité? La propriété qu'ont les molécules des corps de distendre ou de resserrer momentanément leurs atmosphères sans cesser d'être en

[English translation]

contradictory. The cohesion of bodies and the succession of phenomena give us the idea of continuity: but, in fact, this continuity does not exist anywhere.

Thus, when Leibniz says that nature does nothing abruptly, that it does not proceed by leaps but acts in a continuous and progressive way, and that it called this law the law of continuity, it should be understood that he wished to speak of a seriated progress, of a series which is just as tight, as frequent as one likes, but not a continuous progress. The ideas of continuity and progression even seem to be excluded: who says progress says necessarily succession, transport, growth, passage, addition, multiplication, difference, ultimately, the series; so that the expression, "continuous motion," is nothing but a metaphor. Movement is the series of force, as time is the series of eternity.

172. Nature, by combining the elements and composing the atoms, starts with the simplest series, and rises per degrees with most complex: but, if small and so tight that are these degrees, an abyss separates them; there is not continuity.

The line which a body falling towards the ground describes is perhaps the most perfect image of continuity: there is however continuous in this phenomenon only the force of attraction which involves the body; as for the movement, it takes place in a numerical progression such, that we only let us conceive that like a downward scale, in which the degrees lengthen more and more, in a given proportion. Here is for the accelerated movement: as for the uniform movement, it is as untraceable in nature, as the perpetual motion is in mechanics.

The molecular state of bodies is another proof of non-continuity: gold, the densest of metals, is more empty than full. Much more, its molecules, are not touched; they are only in relation by their atmospheres or magnetic poles, and form between them groups and systems, microscopic miniatures of the sidereal systems.

Draw by one of its ends a bar of iron one meter in length, and the bar will come toward you in a simultaneous movement: traction thus appears to be exerted in a continuous way in all the bar. But suppose, instead of a bar one meter in length, a wire of a myriameter, and you will see that traction will be communicated from one end to another of the wire in an already appreciable amount of time. - One will say that this delay is due to the gravity of the wire joined to its elasticity. But what is elasticity? The property that the molecules of bodies have of temporarily distending or tightening their atmospheres without ceasing to be