Création de l'ordre dans l'humanité/99

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
Création de l'ordre dans l'humanité/99/98 Création de l'ordre dans l'humanité/99/100

[original French]

177. On dira peut-être, en retournant la démonstration, que l'on peut tout aussi bien concevoir la série comme propriété du nombre, que le nombre comme application de la série ; par conséquent que la métaphysique tire plutôt sa certitude des mathématiques, que les mathématiques ne tirent la leur de la loi sérielle.

Cette réflexion serait juste, si nous ne connaissions que des séries arithmétiques ou géométriques : mais comme il existe d'autres séries, pour l'intelligence desquelles les mathématiques ne sont d'aucun secours, il faut bien reconnaître que celles-ci empruntent à la loi sérielle leur propre certitude, et que tout au plus elles en sont la première application.

Aussi, lorsque nous serons parvenus à la deuxième partie de la métaphysique, nous verrons qu'un tableau tel que la Cène ou la Transfiguration, un opéra de Meyerbeer, un marbre de Canova, sont des séries dont l'invention, la composition et l'exécution peuvent être soumises à une sorte de calcul métaphysique, aussi sûr que celui qui nous a démontré le système du monde, mais pour lequel les chiffres et le compas ne serviraient absolument de rien.

178. Lorsque Kant a dit que les jugements mathématiques étaient tous synthétiques, « vérité, ajoute-t-il, incontestable et très importante par ses suites, bien qu'elle semble avoir échappé jusqu'ici à la sagacité des analystes de la raison humaine, et même être très-contraire à leur attente (1) », Kant a affirmé la série comme condition des mathématiques ; mais lorsqu'il ajoute que les jugements de cet ordre sont tous à priori, il a parlé selon la donnée philosophique qui fait tout son système : car, d'une part, la loi sérielle est antérieure aux mathématiques; de l'autre, elle nous est révélée par l'expérience.

Dans sa Critique de la raison pure, dans sa Logique, en un mot dans tous ses ouvrages, cet illustre métaphysicien a côtoyé perpétuellement la loi sérielle ; le nom même lui échappe quelquefois : mais il ne l'a point proclamée, il ne l'a point reconnue. Toutes les erreurs répandues dans ses ouvrages, comme tout ce qu'ils renferment de vrai, vient d'une aperception incomplète de la loi sérielle : et c'est là, comme nous aurons plus d'une occasion de nous en convaincre, tout le secret de la philosophie de Kant.

179. Puisque je viens de nommer un si grand génie, je puis bien, à son exemple, me poser cette question : Comment les


(1) Critique de la raison pure, trad. de Tissot.

[English translation]

177. Perhaps one shall say, returning to the demonstration, that one can just as easily conceive the series as a property of number as one can conceive number as application of the series; consequently, that metaphysics instead draws its certainty from mathematics, rather than mathematics drawing its certainty from the serial law.

This reflection would be correct if we knew only arithmetical or geometrical series, but since there are other series for which the intelligence of mathematics is no help, it should be well recognized that these draw their own certainty from the serial law, and that they are, at most, its first application.

Also, when we arrive at the second part of metaphysics, we will see that a tableau such as that of The Last Supper or The Transfiguration, a Meyerbeer opera, a Canova marble, are series whose invention, composition and execution can be subjected to a kind of metaphysical calculation, as certain as that which showed us the system of the world, but for which numbers and the compass would in absolutely no way serve.

178. When Kant said that mathematical judgements were all synthetic - "this fact,” he adds, "though incontestably true and very important in its consequences, seems to have escaped the analysts of the human mind, nay, to be in complete opposition to all their conjectures" (1) - Kant affirmed the series as the condition of mathematics; but when he adds that judgements of this kind are all a priori, he spoke according to the philosophical givens that comprise his entire system: because, on the one hand, the serial law is former to mathematics; on the other, it is revealed to us by experience.

In his Critique of Pure Reason, in his Logic, i.e., in all his works, this famous metaphysician perpetually rubbed up against the serial law; the name itself sometimes escapes from his pen, but he did not proclaim it, he did not recognize it. All the errors in his works, as well as all that they contain of truth, comes from an incomplete apperception of the serial law: and it is there, as we will have more than one occasion to witness, is the entire secret of Kant's philosophy.

179. Since I have just named such a great genius, I may as well, after his example, pose this question: How is


(1) Critique de la raison, trans. by Tissot.<ref>English version from the translation by J.M.D. Meiklejohn (London: G. Bell, 1905).</ref>

<references/>