De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/06

From The Libertarian Labyrinth
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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/06/05 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/06/07

[original French]

de la ville et de la cour. L'indifférence lui est malsaine; le libertinage lui répugne; il a hâte de fuir cette corruption qui d'en haut l'envahit. Du reste, ce qu'il demande pour lui-même, il le veut pour tout le monde, et ne fait aucune acception de personnes. Jamais il n'eût prétendu, par exemple, qu'il faut à la bourgeoisie une religion, que la religion est nécessaire aux habitués de la Bourse, à la bohème des journaux et des théâtres, à cette multitude innombrable vivant de prostitution et d'intrigue; mais que, quant à lui, sa robuste conscience n'a pas besoin de Dieu. Le peuple ne veut ni faire des dupes ni être plus longtemps dupe : ce qu'il réclame aujourd'hui c'est une loi positive, fondée en raison et en justice, qui s'impose à tous, et de laquelle il ne soit permis de plaisanter à personne.

Suffirait-il, pour répondre à ce vœu du peuple, d'une réforme de l'ancien culte? Non. Le peuple s'est aperçu que la religion n'avait plus cours depuis longtemps parmi les classes élevées tandis que lui croyait encore; que, jusque dans les temples, elle a perdu tout crédit et tout prestige; qu'elle ne compte absolument pour rien dans la politique et les affaires; enfin, que la séparation de la foi et de la loi est devenue partout un axiome de gouvernement. La tolérance de l'État couvre maintenant la religion: c'était précisément le contraire qui avait lieu autrefois. Le peuple donc a suivi le mouvement inauguré par ses chefs; il se méfie du spirituel, il ne veut plus d'une religion dont le machiavélisme clérical et anticlérical a fait un instrument de servitude. A qui la faute?

Mais le peuple est-il capable de philosophie?

Sans hésiter nous répondons: Oui, aussi bien que de lecture, d'écriture et de calcul; aussi bien que d'apprendre le catéchisme et d'exercer un métier. Nous allons même jusqu'à penser que la philosophie peut se trouver tout entière dans cette partie essentielle de l'éducation populaire, le métier : affaire d'attention et d'habitude. L'instruction primaire demande trois années, l'apprentissage trois années, total six années: quand la philosophie, dont la vulgarisation est devenue pour notre temps une nécessité de premier ordre, devrait prendre au plébéien, en sus des six années d'instruction primaire et professionnelle dont on l'accable, une heure pas semaine pendant six

[English translation]

of the city and the court. Indifference is unhealthy for them; they reject libertinage; they hasten to flee from that corruption which invades from on high. Besides, what they ask for themselves, they want for everyone, and make no exception for anyone. They have never claimed, for example, that the bourgeoisie must have a religion, that religion is necessary for the regulars at the Bourse, for the bohemians of the magazines and the theaters, or for that innumerable multitude living from prostitution and intrigue; but that, as for them, their robust consciences have no need of God. The people want neither to dupe nor to be duped any longer: what they call for today is a positive law, based in reason and justice, which imposes itself on all, and which nobody is allowed to mock.

Would a reform of the old religion be enough to respond to this wish of the people? No. The people have realized that religion had not been legal tender for a long time among the upper classes, while they continued to believe in it; that, even in the temples, it had lost all credit and all prestige; that it counts for absolutely nothing in politics and business; finally, that the separation of faith and law has become an axiom of government everywhere. The tolerance of the State now covers religion, which is precisely the opposite of what had taken place in the past. Thus the people have followed the movement inaugurated by their leaders; it is wary of the spiritual, and it no longer wants a religion which has been made an instrument of servitude by clerical and anticlerical Machiavellianism. Whose fault is that?

But are the people capable of philosophy?

Without hesitation we answer: Yes, as well as reading, writing and arithmetic; as well as understanding the catechism and practicing a craft. We even go as far as to think philosophy can be found in its entirety in that essential part of public education, the trade: a matter of attention and habit. Primary instruction requires three years, apprenticeship three more, for a total of six years: when philosophy, the popularization of which has become a necessity of the first order in our times, must be taken by the plebeian, in addition to the six years of primary and professional instruction to which he is condemned, an hour per week for six