De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/09

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/09/08 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/09/10

[original French]

et ses lois. Il s'abstiendra de toute investigation, comme de toute conclusion, sur la nature même ou l'en soi des choses, par exemple sur la matière, l'esprit, la vie, la force, la cause, la substance, l'espace, le temps, considérés en eux-mêmes, et abstraction faite de leurs apparences ou phénomènes.

Par sa définition, la philosophie déclare donc qu'il y a dans les choses un côte qui lui est accessible, c'est leur Raison, et un autre dont elle ne peut savoir absolument rien, c'est leur, nature : peut-on montrer à la fois plus de sincérité et de prudence? Et qu'est-ce qui va mieux au peuple que cette modestie?... La philosophie, c'est elle-même qui le dit, est la recherche, et, s'il se peut, la découverte de la raison des choses; elle n'est point la recherche, encore moins la découverte de leur nature : ne nous plaignons pas du partage. Que serait une nature sans raison ni apparences? Et celles-ci connues, qui oserait dire que celle-là soit à regretter?

Se rendre compte, en trois mots, de ce qui lui arrive au dedans, qu'il observe ou exécute au dehors, dont ses sens et sa conscience lui rendent témoignage, et dont son esprit peut pénétrer la raison : voilà, pour l'homme, ce que c'est que philosopher, et tout ce qui se laisse saisir à lui par les yeux du corps et de l'esprit est matière de philosophie. Quant à la nature intime des choses, à ce je ne sais quoi dont la métaphysique ne peut pas s'empêcher de parler, et qu'elle imagine ou conçoit après avoir fait abstraction de la phénoménalité des choses et de leur raison, si ce résidu n'est pas un néant pur, nous n'en avons que faire; il n'intéresse ni notre sensibilité, ni notre intelligence, il n'a pas même en lui de quoi exciter notre curiosité.

Eh bien, en quoi tout cela dépasse-t-il la portée du vulgaire? Tous tant que nous sommes, ne faisons-nous pas incessamment, et sans le savoir, de la philosophie, comme le bon M. Jourdain faisait de la prose? Quel est l'homme qui, dans les affaires de ce monde, se soucie d'autre chose que de ce qui intéresse son esprit, son cœur ou ses sens? Pour faire de nous des philosophes consommés, il ne s'agit que de nous rendre plus attentifs à ce que nous faisons, sentons et disons: cela est-il si difficile? Quant aux contemplatifs, à ceux qui ont voulu voir au delà de la raison

[English translation]

and their laws. He will abstain from all investigation, and from any conclusion, on the very nature or en soi of things, for example on matter, mind, life, force, cause, substance, space or time, considered in themselve, and setting aside their appearances or phenomena.

Thus, by its definition, philosophy declares that there is a side in things which is accessible to it, which is their reason, and another side about which it can no absolutely nothing, which is their nature: can one show at once more sincerity and more prudence? And what would be better for the people than this modesty?... Philosophy, by its own testimony, is the search for, and, if possible, the discovery of the reason on things; it is not the search for, and still less the discovery of their nature: we will not complain about this distinction. What would a nature be without a reason or appearances? And if the latter were known, who would dare to say that the former was to be missed?

To render account, in three words, of that which occurs inside, that he observes or carries out outside, of which his senses and his consciousness give testimony, and the reason of which his mind can penetrate: that, for man, is what it is to philosophize, and all that which allows itself to be grasped by the eyes and the mind is matter for philosophy. As for the intimate nature of things, that je ne sais quoi of which metaphysics cannot stop talking, and which it imagines or conceives after having set aside the phenomenality of things as well as their reason, if that residue is not a pure nothing, we don't know what to make of it; it interests neither or sensibility nor our intelligence, and it does not even have anything in it to excite our curiosity.

Well, now. In what way is all that outside the range of the common people? Just as we are, do we not incessantly, and without knowing it, make philosophy, as the good M. Jourdain made prose? Who is the man who, in the affairs of the world, concerns himself with anything but that which interests his mind, his heart or his senses? To make ourselves consummate philosophers, it is only a question of making ourselves more sensitive to what we do, feel and say: is that so difficult? As for the contemplative, those who wanted to see beyond the reason