De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/10

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[original French]

des choses et philosopher sur la nature même, ils ont fini par se mettre hors la nature et hors la raison; ce sont les aliénés de le philosophie.

§ III. — De là qualité de l'esprit philosophique.

Mais voici bien une autre affaire! il s'agit de savoir .si la philosophie, dont on disait d'abord le peuple incapable, ne va pas, par sa pratique même, créer l'inégalité parmi les hommes. Que conclure là-dessus de notre définition?

Puisque la philosophie est la recherche, et, autant que faire se peut, la découverte de la raison des choses, il est clair que, pour bien philosopher, la première condition, la plus nécessaire, est de bien regarder les choses; de les considérer successivement dans toutes leurs parties et sous toutes leurs faces, sans se permettre de vues d'ensemble avant de s'être assuré des détails. C'est le précepte de Bacon et de Descartes, les deux pères de la philosophie moderne. Ne dirait-on pas qu'en l'énonçant, ils songeaient surtout au peuple? La philosophie est toute dans l'observation, interne et externe: à cette règle point d'exception.

Le philosophe, c!est à dire l'homme qui cherche, qui ne sait pas encore, peut se comparer à un navigateur chargé de lever le plan d'une île, et qui, pour remplir sa mission, ne pouvant, du haut de l'atmosphère, prendre une photographie du pays, est obligé de suivre avec attention, et de transporter les unes après les autres sur le papier, avec exactitude, toutes les sinuosités etanfractuosités de la côte. La circumnavigation terminée, et le relevé des observations fini, le géographe aura obtenu une représentation aussi fidèle que possible de l'île, dans ses parties et son ensemble: ce qu'il n'eût jamais pu faire, si, se tenant à distance, il se fût borné à dessiner des points de vue et des paysages.

Le philosophe peut encore se comparer à un voyageur quij après avoir parcouru en tous sens une vaste plaine, reconnu et visité les bois, les champs, les près, le vignoble, les habitations, etc., s'élèverait ensuite sur la montagne. A mesure qu'il opérerait son ascension, les objets repasseraient sous ses yeux dans un panorama général, qui achè-

[English translation]

of things and to philosophize on their very nature, they have ended by putting themselves outside nature and reason; they are the lunatics of philosophy.

§ III. — On the quality of the philosophical mind.

But here is a rather different affair! It is a question of knowing if philosophy, of which it was first said that the people were incapable, will not, by its very practice, create inequality among men. What can we conclude from our definition?

Since philosophy is the search for, and, so far as it is possible, the discovery of the reason of things, it is clear that, in order to philosophize well, the first and most necessary condition is to is to observe things carefully; to consider them successively in all their parts and all their aspects, without permitting oneself a notion of the ensemble before being certain of the details. This is the precept of Bacon and Descartes, the two fathers of modern philosophy. Couldn't one say that in expounding it, they thought especially of the people? Philosophy is all in the observation, internal and external: there is no exception to that rule.

The philosopher, the man who seeks, who still does not know, can be compared to a navigator charged with making a map of an island, and who, in order to carry out his mission, being unable to take a photograph of the country from high in the atmosphere, is obliged to follow with attention, and to record one after another on paper, with exactitude, all the sinuosities and crevices of the coast. The circumnavigation completed, and the summary of observations finished, the geographer would have obtained as faithful a representation as possible of the island, in its parts and in the ensemble, which he never could have done, if, holding himself at a distance, he had been limited to drawing perspectives and landscapes.

The philosopher can also be compared to a traveler who, after having traversed in all directions a vast plain, having recognized and visited the woods, the fields, the meadows, the vineyards, the habitations, etc., would then climb a mountain. As he made his ascent, the objects would pass again before his eyes in a general panorama, which would