De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/102

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/102/101 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/102/103

[original French]

et de l'espace. Philosophons d'abord avec l'ampleur que la vérité méconnue exige : après, la parole sera aux abréviateurs.

J'ai donné à ces Études la forme de l'épître ou plutôt de la conférence, qui est l'homélie grecque, parce que admettant tous les tons et tous les styles elle répond mieux qu'une autre à la variété de mon sujet, en même temps qu'elle exclut le pédantisme, la déclamation et le lieu commun.

Je les adresse, ces Études, à un archevêque : d'abord, parce que la part que cet archevêque a prise à une soi-disant biographie de ma personne a été l'occasion qui me les a fait entreprendre ; puis parce que le respect d'un si grave personnage m'est une garantie que tout en usant de la plus grande liberté de discussion, rien d'offensant pour les personnes, d'outrageant pour les institutions, n'échappera à ma plume.

On nous traite volontiers, mes coreligionnaires et moi, d'athées ; grâce à cette épithète, on nous met, pour ainsi dire, hors la Justice et la morale.

Sans que je m'effraie beaucoup de l'inculpation d'athéisme, je ne puis permettre cependant qu'elle dégénère en calomnie et proscription. Je pense à Dieu depuis que j'existe, et ne reconnais à personne plus qu'à moi le droit d'en parler. J'y ai pensé surtout au point de vue que je traite aujourd'hui : le lecteur jugera à quoi cette méditation m'a été bonne.

Si parfois il m'arrive de parler de moi-même, le motif n'échappera à personne. Les faits de ma vie sont moins que rien, et je puis défier toute l'industrie des biographes de faire sortir de mon insignifiante existence ni éloge ni blâme. Mais j'ai eu l'honneur insigne d'être pris pour type. Ou attaque en ma personne toute une classe de citoyens, on flétrit une tendance, on proscrit un ordre d'idées, une catégorie d'intérêts : j'ai le droit de suivre mes adversaires sur le terrain qu'il leur plaît de choisir, et jusque dans leurs licences.

On ne sait pas ce que couve cette plèbe que la Révolution a faite. Ou s'imagine que toute son éloquence est dans le scrutin. A moi, plus qu'à aucun autre, il appartient de lui servir d'interprète. Ce que penserait le peuple si, par

[English translation]

and space. Let us philosophize initially with the width which the ignored truth requires: after, the word will be to the abridgers.

I gave to these Studies the form of the epistle or rather of the conference, which is the Greek homily, because admitting all the tone and all the styles it – answers better than another the variety of my subject, at the same time as it excluded the pedantry, the declamation and the commonplace.

I address them, these Studies, to an archbishop: initially, because the part that this archbishop took in a so-called biography of my person was the occasion that made me undertake them; then because the respect of such a serious character is to me a guarantee that while observing the greatest freedom of discussion, nothing offensive to persons, nothing outrageous to institutions, will escape from my pen.

We are readily treated, my co-religionists and myself, as atheists; thanks to this epithet, one places us, so to speak, beyond Justice and morals.

Without being much frightened by the accusation of atheism, I cannot allow it to degenerate into calumny and proscription. Since I exist, I think of God, and I do not recognize anyone’s right to speak about it more than my own. I especially thought of it from the point of view that I treat today: the reader will judge with what this meditation was good to me.

If sometimes I come to speak about myself, the reason will elude no one. The facts of my life are less than nothing, and I defy all the industry of the biographers to find anything to praise or blame in my unimportant existence. But I have had the distinct honor to be taken for a type. One attacks in my person a whole class of citizens, one pillories a tendency, one proscribes an order of ideas, a category of interests: I have the right to follow my adversaries on the terrain that they please to choose, and with the same licence.

One does not know what is hatching within this plebs that the Revolution made. One thinks that all its eloquence is in the ballot. To me, more than to any other, it belongs to serve it as an interpreter. What the people would think if, by way of