De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/106

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/106/105 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/106/107

[original French]

— Monsieur, que signifie cet interrogatoire ? Vos questions deviennent on ne peut plus indiscrètes. Je ne vous dois pas d'explication.

— Eh bien, Monseigneur, j'ai vu la lettre; ce bon M. de Mirecourt a eu l'obligeance de me la montrer. Le saint archevêque qui a i'ourni à l'auteur des Contemporains des notes si précieuses n'est autre que Mgr Césaire MATTHIEU, archevêque de Besançon, cardinal, sénateur, et, comme autrefois, prince du Saint-Empire...

Pour Dieu, Monseigneur, quel métier avez-vous fait là? Vous en collaboration d'une entreprise de libelles ! vous le compère de M. de Mirecourt! ce qui ne fera pas, à Dieu ne plaise, que je m'oublie jusqu'à vous traiter de compère Matthieu!... .Connaissiez-vous seulement l'homme avec qui vous avec eu ce commerce épistolaîre? .Est-ce afin d'encourager son œuvre, œuvre de scandale, quelques-uns ont dit de chantage, que vous bénissiez cette plume de bohème, que n'intimide pas la police correctionnelle ?

M. de Mirecourt m'aborde un soir sur le seuil de ma porte, et me déclare son intention de publier ma biographie. La démarche qu'il faisait auprès de moi était toute e courtoisie, disait-il : il voulait sauver l'homme; il ne s'agissait pour lui que d'une appréciation de mes idées par ordre de dates. C'est alors qu'il me fit voir la lettre qu'il tenait de vous, Monseigneur : ce qui m'affecta, je vous l'avoue, au plus haut point. Pasteur de ma ville natale, à défaut de charité pour ma personne il vous suffisait de cet esprit de compatriotisme-qui anime tous les Francs- Comtois pour vous abstenir de livrer à la malignité du pamphlétaire un membre de la famille bisontine.

Eh ! Monseigneur, croyez-vous que je me souciasse de ma biographie et de son auteur? Ne suis-je pas l'un des moins maltraités des Contemporains? Et vous-même, après tout, ne m'avez-vous pas rendu justice? Ce qui me peinait était de vous rencontrer en telle affaire ; c'était que vous me représentiez mon pays, et qu'en voyant votre signature j'avais senti se briser en moi un de ces invisibles liens qui attachent tout homme à son pays...

Toutefois, je ne laissai rien paraître de mes sentiments, et me contentai de dire à M. de Mirecourt qu'il m'obligerait fort de n'entretenir, ni peu ni prou, le public de ma

[English translation]

— Sir, what is meant by this interrogation? Your questions become more and more indiscreet. I do not owe you an explanation.

— Very well, Monsignor, I saw the letter; this good M. de Mirecourt has had the kindness to show it to me. The holy archbishop who provided such invaluable notes to the author of the Contemporains is none other than Monsignor Césaire MATTHIEU, archbishop of Besancon, cardinal, senator, and, as formerly, prince of the Holy Roman Empire...

For God’s sake, Monsignor, what trade did you make there? You, in collaboration with an enterprise of libel! You, an accomplice of M. de Mirecourt! What will not do, God is not pleased, whom I forget myself to you to treat accomplice Matthieu! . . . Did you know only the man with whom you had this epistolary trade? Is is in order to encourage his work, the work of scandal, some would say blackmail, that you bless that bohemian pen, that does not intimidate the correctional police?

M. de Mirecourt approaches me one evening on the threshold of my door, and declares his intention to publish my biography. The step which he made near me was all courtesy, he said: he wanted to save the man; they were for him only one appreciation my ideas by order dates. At this point in time it showed me the letter which it held of you, Monsignor: what affected to me, I acknowledge it to you, at the most point. Pastor of my birthplace, in the absence of charity for my person it was enough for you to this spirit of compatriotism which animates all the Francs-Comtois to abstain from delivering to the malignity of the lampoonist a member of the family of Besançon.

Eh! Monsignor, do you believe that I was concerned about my biography and his author? Am I not one of those maltreated in Contemporains? And, after all, didn't you yourself do me justice? What pained me was to find you involved in such an affair; it was that you represent to me my country, and that in seeing your signature I had felt one of those invisible bonds that attach every man to his country snap within me . . .

However, I did not let anything appear of my feelings, and satisfied myself with saying to M. de Mirecourt that I was obliged not to maintain, neither little nor much, the public of my