De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/108

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

vous dirigez contre le libelliste sont coups perdus. Il faut aller au fait.

M. de Mirecourt — que me font ses antécédents et son pseudonyme?— est pour moi un in-32 de 92 pages, rien de plus. Qu'est-ce que cet in-32 ? Que me veut-il? Quelle idée représente-t-il ? Au nom de quel intérêt est-il venu me chercher dans ma retraite, fouiller ma vie, ma famille, mes affaires, et m'affublant du san-benito catholique, me bafouer à la face du monde, en train de m'oublier?

Or, à ces questions qui surgissent naturellement du fait, je n'ai pas été loin pour chercher laréponse. N'en déplaise à ceux qui disent le contraire, il y a dans l'auteur des Contemporains plus qu'un aventurier littéraire, exploitant, aux depens des célébrités de l'époque, la curiosité publique. M. de Mirecourt est un signe du temps. C'est un champion du droit divin, dont l'œuvre se rattache au système de réaction qui prévaut en ce moment par toute l'Europe. Il apostrophe ainsi ses détracteurs :

Qui êtes-vous? d'où sortez-vous? Avocats d'une cause indigne, plaidez à votre aise, et n'espérez point de réplique. Vous pouvez, tant qu'il vous plaira, défendre et M. de Lamennais et tous ceux qui ont mérité notre blâme. Le bout de l'oreille démocratique et la rancune de parti percent beaucoup trop dans votre colère...

Et ailleurs :

En temps de révolution, il y a deux hommes qu'un dictateur doit faire taire, n'importe à quel prix : Proudhon et Girardin.

Dans son journal, — M. de Mirecourt publie, avec la permission du gouvernement, un journal, — il parle comme un volontaire de l'armée de la foi...

Vous êtes jurisconsulte, Monseigneur, tout le monde le sait, et vous aimez à en faire parade. Vous connaissez l'axiome de droit : Is fecit cui prodest. Vous en conviendrez donc : M. de Mirecourt n'est ici qu'un homme de paille. Soldat, bénévole ou mercenaire, je l'ignore et peu m'importe, de la contre-révolution, l'immoralité et la misère ne l'expliqueraient pas tout entier. Hors du milieu qui le rend possible et le produit, il n'aurait pas de raison d'être. Sans ses relations avec vous, Monseigneur, ce qui veut dire avec

[English translation]

directed against the lampoonist are lost blows. It is necessary to get to the point.

M. de Mirecourt – what shall I make of his antecedents and his pseudonym? – is for me a miniature edition of 92 pages, nothing more. What is this miniature edition? What does it want from me? What idea does it represent? In the name of which interest it did come to seek me in my retirement, to excavate denied life, my family, my businesses, and deck me in a catholic san-benito,<ref>deck me in a catholic san-benito: i.e., to dress him for an auto-da-fe.</ref> to ridicule me in the eyes of the world, so as to forget me?

However, with these questions which emerge naturally from the fact, I was not long in seeking response. With due respect to those who say the otherwise, there is in the author of the Contemporaries more than a literary adventurer, exploiting the public’s curiosity at the expense of the celebrities of the time. M. de Mirecourt is a sign of the times. He is a champion of divine right, whose work is attached to the system of reaction that prevails at this moment over all of Europe. He apostrophizes his detractors thus:

Who are you? Where do you come from? Advocates of an unworthy cause, plead at your leisure, and do not hope for a reply. You can, for as long as you like, defend M. de Lamennais and all those which have earned our blame. Your democratic colors and partisan resentment show through all too clearly in your rage…

And elsewhere:

In times of revolution, there are two men whom a dictator must silence, at any cost: Proudhon and Girardin.

In his newspaper – M. de Mirecourt publishes, with the permission of the government, a newspaper – he speaks like a volunteer about the army about the faith…

You are a jurisconsult, Monsignor; everyone knows it, and you like to parade the fact. You know the legal axiom: Is fecit cui prodest.<ref>Is fecit cui prodest: "He who profits from it is the guilty party."</ref> You will thus agree: M. de Mirecourt is only a straw man in this affair. A soldier of the counter-revolution, voluntary or mercenary (I do not know and care little which), immorality and misery would not entirely explain it. Outside of the medium that makes him possible and produces him, he would have no raison d'être. Without his relations with you, Monsignor, meaning with

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