De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/109

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[original French]

tout le clergé bisontin, ma biographie lui devenait impossible ; sanslepoint de vue chrétien que vous lui avez fourni, il n'aurait su lui donner une signification. Ses bravades même, son affectation d'effronterie qui lui servent à dérouter l'ennemi, il ne les soutiendrait pas, s'il ne trouvait un appui dans la conscience du public dévot et réacteur. C'est tour de vieille guerre, au moyen de quoi il espère, comme les croisés de Pierre l'Ermite et de saint Bernard, obtenir, en ramassant de l'argent, la rémission de ses péchés, et se refaire dans l'estime des honnêtes gens. Et le terrain qu'il a choisi pour champ de bataille, que, du moins en ce qui me touche, vous lui avez suggéré, Monseigneur; le thème qu'il développe, renouvelé des pamphlétaires ecclésiastiques du dernier siècle, les Fréron et les Desfontaines, est celui-ci : hors de l'Autorité et de la Foi, hors de l'Eglise et du gouvernement absolu, il n'y a ni vertu, ni probité, ni modestie, ni délicatesse, ni conscience; il n'y a que corruption, paresse, orgueil, luxure, férocité, hypocrisie : témoin Lamennais, George Sand, Emile de Girardin, Eugène Sue, et pour tout dire, Proudhon.

Vous le voyez, Monseigneur, je vais droit à l'ennemi, la pointe au corps. M. de Mirecourt, écrivain sans cervelle, n'est à mes yeux qu'un débiteur insolvable : le vrai répondant, prince de l'Eglise, c'est vous. Pas de récriminations : en quatre lignes je résume l'œuvre de M. de Mirecourt et je fixe le débat. Vous pouvez maintenant lui donner avis de s'en tenir là : le public n'a que faire d'en entendre davantage. Ce que j'ai à dire pour moi servira pour tous.

Quand le magnin passe, dit le paysan de Franche-Comté, il faut que je châtre. Vous avez dû entendre cet apoththegme rustique dans vos tournées pastorales. On appelle magnin, dans notre pays, l'industriel qui coupe les veaux, les porcs, les agneaux, chevreaux et poulains. Chaque année, au printemps, le magnin fait sa tournée. Lorsqu'il traverse un village, ou qu'il passe devant une ferme, il joue un air de flageolet. Le paysan sort aussitôt et appelle le magnin : Tempus castrandi, dit l'Ecclésiaste.

J'ai entendu le flageolet du Temps. Il m'avertit que l'heure est venue de combattre au grand combat. Il faut, tandis que la multitude est à genoux, arracher la vertu au vieux mysticisme, extirper du cœur des hommes ce reste

[English translation]

all the clergy of Besançon, my biography would have been impossible for him; without the Christian point of view that you provided him, he would not have been able to give it a meaning. His very bravados, his affectation of insolence which allows him to divert the enemy, he would not support them, if he did not find a support in the conscience of the excessively pious and devout public. It is a turn of the old war, by means of what it hopes, like the cross ones of Pierre the Hermit and Saint Bernard, to obtain, by collecting money, the remission of its sins, and to remake themselves in the regard of the decent people. And the ground that it chose for battle field, which, at least in what touches me, you suggested to him, Monsignor; the theme it develops, renewed by the ecclesiastical lampoonists of the last century, the Frérons and Desfontaines, is this: outside of Authority and Faith, outside of the Church and absolute government, there is neither virtue, nor probity, nor modesty, nor delicacy, nor conscience; there is only corruption, idleness, pride, lust, ferocity, hypocrisy: witness Lamennais, George Sand, Émile de Girardin, Eugène Sue, and, in short, Proudhon.

As you see, Monsignor, I go right to the enemy, point to the body. M. de Mirecourt, a writer without a brain, is in my eyes only an insolvent debtor: the true guarantor, the prince of the Church, is you. No recriminations: in four lines I summarize the work of M. de Mirecourt and fix the debate. You can now advise him to leave it there: the public has only to understand it better. What I have to say for myself will serve for all.

When the magnin comes around, the peasant of Franche-Comté says, I must castrate. You must have heard this rustic apoththegm in your pastoral rounds. One calls the magnin, in our region, the worker who cuts the calves, the pigs, the lambs, the kids, and the foals. Each year, in spring, the magnin makes his rounds. When he passes through a village or by a farm, he plays an air on the flageolet. The peasant goes at once and calls the magnin: Tempus castrandi, says Ecclesiastes.

I have heard the flageolet of Time. It informs me that the hour has come to fight in the great battle. It is necessary, while the multitude is on its knees, to tear the mask of virtue from the old mysticism, to extirpate from the hearts of men this remnant