De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/114

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[original French]

remède, ne pouvant pas plus que la maladie devenir en nous une seconde nature.

J'appelle vertu, en général, l'énergie plus ou moins active avec laquelïele sujet, homme ou nation, tçnd à déterminer ses mœurs, à faire prévaloir sa dignité, 'à la rétablir i si elle est atteinte.

Mais cette vertu, comme tout ce qui tient au mouvement et à la vie, est sujette à des titubations et à des relâchements ; elle a ses défaillances, ses intermittences, ses maladies, ses éclipses : c'est le vice, le péché, le crime.

5. Le malmoral pouvant être l'effet, tantôt de l'ignorance et d'une compression excessive, tantôt de la lâcheté du sujet même, la douleur qu'il entraîne revêt dans la conscience un caractère tout différent, selon qu'il dérive de la première de ces causes ou de la seconde. Le péché d'ignorance ne laisse pas dans l'âme de traces vives et durables : il n'infecte pas la volonté, et la mémoire le rejette vite.

Tandis que le mal commis par lâcheté engendre un chagrin amer, poison de l'âme, qui flétrit le sujet dans son essence, atteint la vie dans sa source, et mène souvent au suicide : c'est le remords.

6. Du reste, comme toute anomalie suggère l'idée de redressement, comme toute infirmité inspire le désir et l'espérance de la guérison, ainsi l'on suppose que le mal moral, quelle qu'en soit la gravité, et susceptible de réparation. C'est ce qu'on nomme pénitence, satisfaction, expiation. Si la pénitence ou expiation est volontaire, on la nomme repentir ; si elle est imposée par une volonté étrangère et par force, elle s'appelle châtiment, vengeance, supplice. A vrai dire, le repentir est la seule réparation valable du péché, la seule qui réhabilite le coupable, car c'est la seule qui guérisse du remords, et qui rende l'estime. Là où le remords n'apparaîtrait point, on peut voir un ennemi, une bête féroce, un monstre; il serait à peine permis de trouver un coupable.

Il est encore d'autres notions qui reviennent fréquemment dans les livres de morale : telles sont celles de religion, justice, liberté, etc. La définition de ces notions est elle-même un problème des plus difficiles, que ces Etudes ont précisément pour objet de résoudre.

[English translation]

remedy, being no more able than disease to become a second nature in us.

I call virtue, in general, the more or less active energy with which the subject, man or nation, tend to determine its manners, to make its dignity prevail, to restore it if it is corrupted.

But this virtue, like everything that results from movement and life, is prone to staggerings and relaxations; it has its failures, its lapses, its diseases, its eclipses: these are vice, sin, crime.

5. Since moral evil can sometimes be the effect of ignorance and an excessive compression, sometimes of the very cowardice of the subject, the pain that it entails reveals a very different character in the conscience, according to whether it derives from the first of these causes or the second. The sin of ignorance does not leave sharp and durable traces in the heart: it does not infect the will, and the memory quickly rejects it. Evil committed by cowardice, however, gives rise to a bitter sorrow, poisonous to the soul, that sears the subject in his essence, wounds life at its source, and often leads to suicide: it is remorse.

6. At any rate, just as any anomaly suggests the idea of rectification, just as any infirmity inspires the desire and hope for a cure, so one supposes that a moral evil, whatever its gravity, is susceptible of reparation. This is what one calls penitence, reparation, atonement. If the penitence or atonement is voluntary, it is called repentance; if it is imposed by a foreign will and force, it is called punishment, revenge, torment. To tell the truth, repentance is the only valid reparation for sin, the only one which rehabilitates the culprit, because it is the only one which cures remorse, and which renders esteem, Where remorse does not appear, one can see an enemy, a wild animal, a monster; one could hardly find a guilty party.

There are still other concepts that recur frequently in treatises on morals: such are those of religion, justice, freedom, etc. The very definition of these concepts is a problem of the greatest difficulty that the aim of these Studies is precisely to solve.