De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/115

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[original French]

II. — Science et Méthode. — Les mœurs étant les formes ou phénomènes par lesquels se traduit au dehors l'essence invisible, immuable, du sujet, il en résulte d'abord que la moralité constitue en lui, comme la sensibilité, l'intelligence, l'amour, et toutes les affections, une chose positive, réelle, non de fantaisie; que par conséquent elle est soumise à des lois, et peut devenir l'objet d'une science.

Or, ainsi qu'il a été observé plus haut (déf. 2), le sujet étant sans cesse modifié par le milieu où il vit, les mœurs dépendent de deux sortes de causes : une constante, dérivant de la nature de l'être, et des variables, qui proviennent du dehors.

Le procédé de la science, ou sa méthode consistera donc, après avoir classé les faits selon les facultés dont ils relèvent, à comparer entre eux les actes de même catégorie ; puis à dégager de leurs variations le caractère ou la tendance commune, qui en est la loi.

On appelle éthique ou morale la science des mœurs, c'est à dire, des conditions formelles de la vie humaine et de sa félicité, aussi bien à l'état solitaire qu'à l'état social.

C'est la science du bien et du mal, allégorisée dans la Genèse par le fruit de l'arbre défendu.

III. — Axiomes. — Outre les définitions, la science des mœurs suppose à priori la certitude d'un certain nombre de principes indémontrables ou principes premiers, parmi lesquels je me faorne à citer les suivants :

1. Rien de nécessaire n'est rien : — principe de nécessité.

2. Rien ne peut être tiré de rien ni se réduire à rien : — principe de réalité.

3. Rien ne se produit en vertu de rien : — principe de causalité.

4. Rien ne se fait en vue de rien : — principe de finalité ou félicité.

5. Rien ne peut être balancé par rien : — principe d'égalité et de stabilité.

6. Rien ne peut être l'expression de rien : — principe de signification ou de phénoménalité.

7. Rien ne devient ni ne décline en zéro de temps : — principe d'évolution ou de durée.

[English translation]

II. — Science and method. — Since manners are the forms or phenomena through which the invisible, immutable essence of the subject translates itself externally, it follows, first of all, that morality constitutes in it, like the sensibility, the intelligence, love, and all the affections, a positive thing, real, not imaginary; that consequently it is subject to laws, and can become the object of a science.

However, as was observed earlier (def. 2), the subject being continually modified by the environment in which it lives, manners depend on two kinds of causes: one constant, deriving from the nature of the being, and some variable causes that come from outside.

The process of science, or its method, will thus consist, after having classified the facts according to the faculties to which they pertain, in comparing among them the acts of the same category, then eliciting from their variations the common character or tendency, which is their law.

One calls ethics or morals the science of manners, i.e., of the formal conditions of the human life and its happiness, in the solitary state as well as in a social state.

It is the science of good and evil, allegorized in the Genesis by the fruit of the defended tree.

III. — Axioms. – In addition to the definitions, the science of manners supposes the a priori certainty of a certain number of indemonstrable principles or first principles, among which the following may be cited:

1. No necessary thing is a nothing: – principle of necessity.

2. Nothing can be drawn from nothing or reduced to nothing: – principle of reality.

3. Nothing happens because of nothing: – principle of causality.

4. Nothing is done for the sake of nothing: – principle of finality or felicity.

5. Nothing can be balanced by nothing: – principle of equality and stability.

6. Nothing can be the expression of nothing: – principle of signification or phenomenality.

7. Nothing becomes or disappears in no time: – principle of evolution or duration.