De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/117

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[original French]

des volontés antagoniques, dont chacune exige ce qui fait l'objet des réclamations des autres ?

V. — Pour établir l'équilibre, on a recours à diverses hypothèses.

Les uns, considérant que l'homme n'a de valeur que par la société, que hors de la société il retombe à l'etat de brute, tendent de toutes leurs forces, au nom de tous les intérêts particuliers et sociaux, à absorber l'individu dans la collectivité. C'est à dire qu'ils ne reconnaissent d'intérêts légitimes que ceux du groupe social, de dignité, d'inviolabilité par conséquent que dans le groupe, de qui les individus tirent ensuite ce qu'on appelle, mais fort improprement, leurs droits. Dans ce système, l'individu n'a pas d'existence juridique; il n'est rien par lui-même ; il ne peut invoquer de droits, il n'a que des devoirs. La société le produit comme son expression, lui confère une spécialité, lui assigne une fonction, lui accorde sa part de félicité et de gloire : il lui doit tout, elle ne lui doit rien.

Tel est, en peu de mots, le système communiste, préconisé par Lycurgue, Platon, les fondateurs d'ordres religieux, et la plupart des socialistes contemporains. Ce système qu'on pourrait définir, la Déchéance de la personnalité au nom de la société, se retrouve, légèrement modifié, dans le despotisme oriental, l'autocratie des césars et l'absolutisme de droit divin. C'est le fond de toutes les religions. Sa théorie se réduit à cette proposition contradictoire : Asservir l'individu, afin de rendre la masse libre. Evidemment la difficulté n'est pas résolue : elle est tranchée. C'est de la tyrannie, une tyrannie mystique et anonyme; ce n'est pas de l'association. Aussi le résultat a-t-il été ce que l'on pouvait prévoir : la personne humaine destituée de ses prérogatives, la société s'est trouvée dépourvue de son principe vital; il n'y a pas exemple d'une communauté qui, fondée dans l'enthousiasme, n'ait fini dans l'imbécillité.

VI. — L'esprit va d'un extrême à l'autre. Averti car l'insuccès du communisme, on s'est rejeté dans l'hypothèse d'une liberté illimitée. Les partisans de cette opinion soutiennent qu'il n'y a pas, au fond, opposition entre les inté-

[English translation]

antagonistic wills, of which each one requires what is the subject of the complaints of the other?

V. — To restore equilibrium, one has recourse to various hypotheses.

Some, considering that man has value only through society, that outside of society he falls into a brutish state, aim with all their might, in the name of all the particular and social interests, at the absorption of the individual in the community. That is to say, they do not recognize as legitimate interests other than those of the social group, no dignity, no inviolability, consequently, other than in the group, from which individuals then draw what is called, albeit rather improperly, their rights. In this system, the individual does not have a juridical essence; he is nothing by himself: he cannot call upon rights, he has only duties. Society produces it like its expression, confers a speciality to him, assigns a function to him, its share of happiness and glory grants to him: it owes him all, it does not owe him anything.

Such, in short, is the communist system which one could define as The degradation of the personality in the name of society, which can be found, slightly modified, in oriental despotism, the autocracy of the Caesars, and the absolutism of divine right. It is the foundation of all religions. Its theory is reduced to this contradictory proposition: To subjugate the individual in order to make the mass free. Obviously the difficulty is not resolved: it is cut off. It is tyranny, a mystical and anonymous tyranny; it is not association. Also the result it was what one could provide: the human person relieved of its prerogatives, society was deprived of its vital principle; there is no example of a community which, however founded in enthusiasm, did not end up in imbecillity.

VI. — The mind goes from one extreme to the other. Informed by the failure of communism, one threw oneself on the assumption of an unlimited freedom. The partisans of this opinion maintain that there is no fundamental opposition between interests;