De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/118

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

rets ; que, les hommes étant tous de même nature, ayant tous besoin les uns des autres, leurs intérêts sont identiques, partant aisés à accorder; que l'ignorance seule des lois économiques a causé cet antagonisme, qui disparaîtra le jour où, plus éclairés sur nos rapports, nous reviendrons à la liberté et à la nature. Bref, on conclut que s'il y a désharmonie entre les hommes, cela vient surtout de l'immixtion de l'autorité dans des choses qui ne sont pas de sa compétence, de la manie de réglementer et légiférer ; qu'il n'y a qu'à laisser agir la liberté, éclairée par la science, et que tout rentrera infailliblement dans l'ordre. Telle est la théorie des modernes économistes, partisans du libre échange, du laissez faire, laissez passer, du chacun chez soi, chacun pour soi, etc.

Comme on voit, ce n'est toujours pas résoudre la difficulté ; c'est nier qu'elle existe. — Nous n'avons que faire de votre Justice, disent les libertaires, puisque nous n'admettons pas la réalité de l'antagonisme. Justice et utilité sont pour nous synonymes. Il suffit que les intérêts, soi- disant opposés, se comprennent pour qu'ils se respectent : la vertu, chez l'homme social, de même que chez le solitaire, n'étant que l'égoïsme bien entendu.

Cette théorie, qui fait consister uniquement l'organisation sociale dans le développement de la liberté individuelle, serait peut-être vraie, et l'on pourrait dire que la science des droits et la science des intérêts sont une seule et même science, si la science des intérêts, ou science économique, étant faite, l'application ne rencontrait aucune difficulté. Elle serait vraie, dis-je, cette théorie, si les intérêts pouvaient être fixés une fois pour toutes et rigoureusement définis; si, dès le commencement, ayant été égaux, et plus tard, dans leur développement, ayant marché d'un pas égal, ils avaient obéi à une loi constante: si, dans leur inégalité croissante, il ne fallait pas taire si grande la part du hasard et de l'arbitraire; si, malgré tant et de si choquantes anomalies, le moindre projet de régularisation ne soulevait de la part des individus nantis de si vives protestations; si l'on pouvait dores et déjà prévoir la fin de l'inégalité, et par suite de l'antagonisme; si, par leur nature essentiellement mobile et évolutive, les intérêts ne venaient continuellement se faire obstacle, creuser entre

[English translation]

that men all being of a comparable nature, all having need of one another, their interests are identical, therefore easy to grant; that only ignorance of economic laws caused this antagonism, which will disappear the day when, more enlightened as to our relations, we will return to freedom and nature. In short, one concludes that if there is disharmony between men, that comes especially from the interference of authority in things which are not its competence, from the mania to regulate and legislate; that one only has to let freedom act, enlightened by science, and that all will infallibly return to order. Such is the theory of the modern economists, partisans of free trade, of laissez faire, laissez passer, of every man for himself, etc.

As one sees, this still does not mean a resolution to the difficulty; it means denying that it exists. – We have no need for your Justice, say the libertarians,<ref>the libertarians: It is interesting to note that Proudhon, writing before the broad popularization of the term "libertaires" ("libertarians") as a synonym for "anarchists," uses the word in something very much like the sense the word "libertarian" has in contemporary American English, i.e., a proponent of laissez-faire capitalism without any but a minimal State (the corresponding term in contemporary French being "libertarien" rather than "libertaire").</ref> since we do not admit the reality of antagonism. Justice and utility are for us synonymous. It is enough for the so-called opposed interests to be understood for them to be respected, since virtue, in the social man just as in the recluse, is only enlightened self-interest.

This theory, which makes social organization consist solely in the development of personal freedom, would be perhaps true, in which case one could say that the science of rights and science of interests are merely one and the same science, if the science of interests, or economic science, having been established, the application of this science encountered no difficulty. This theory would be true, I say, if interests could be fixed and rigorously defined once and for all; if, having been equal from the beginning, and later, in their development, having advanced at an equal pace, they had obeyed a constant law; if, in their increasing inequality, one did not encounter so much of chance and the arbitrary; if, in spite of so many shocking anomalies, the least project of regularization did not raise sharp protests on behalf of affluent individuals; if one could right now envisage the end of inequality, and in consequence of antagonism; if, by virtue of their primarily mobile and evolutionary nature, interests did not continuously pose an obstacle, erecting among themselves

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