De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/12

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[original French]

s'il n'a pas appris à calculer par chiffres, il faudra un long temps pour trouver la solution, surtout pour oser en répondre. Je prends donc la plume, et faisant la multiplication, je réponds que le produit demandé est 621. Or, connaissant si facilement le produit de 27 par 23, et pouvant avec la même promptitude et sûreté faire la multiplication de tous les nombres possibles par tous les nombres possibles, je suis plus savant évidemment que celui dont la capacite arithmologique s'arrêterait à l'opération élémentaire 2X2 =4. Suis-je pour cela plus certain? En aucune façon. La quantité du savoir, je le répète, n'ajoute rien à la qualité philosophique du savoir : c'est en vertu de ce principe, et d'un autre tout à tait semblable dont nous parlerons ci-après, que la loi française, sortie de la Révolution de 89, nous a déclarés tous égaux devant la loi. Entre deux citoyens, entre deux hommes, il peut y avoir inégalité de savoir acquis, de travail effectif, de services rendus ; il n'y a pas inégalité de qualité dans la raison : tel est, en France, le fondement du droit personnel, telle est la base de notre démocratie. L'ancien régime ne raisonnait pas de même: est-il clair à présent que la philosophie est le legs du peuple?

De même pour la puissance compréhensive de l'esprit.

2 multiplie par 2 produit 4, et 2 ajouté à 2 donne encore 4: d'un côté le produit, de l'autre la somme sont égaux. Pour peu que l'ignorant à qui l'on en fera la remarque y réfléchisse, il se dira que l'addition et la multiplication, bien qu'elles partent de deux points de vue différents et procèdent de deux manières différentes, se résolvent, dans ce cas particulier, en une opération identique. En faisant un nouvel effort, cet ignorant comprendra encore que 2 ôté de 4 ou 4 divisé par 2, il reste toujours 2, en sorte que la soustraction et la division se résolvent encore, dans ce cas particulier, en une seule et même opération. Tout cela l'intéressera, l'étonnera peut-être : il aura dans la mesure de 2 à 4, une vue synthétique des choses. Mais l'arithméticien en sait bien davantage, et sa synthèse est incomparablement plus compréhensive. Il sait que dès qu'on opère sur des nombres supérieurs à 2, les résultats ne peuvent plus être les mêmes; que la multiplication est une addition abrégée, et la division une soustraction aussi abrégée; que

[English translation]

if he has not learned to calculate by figures, it will take a long time to find the solution, let alone dare to respond. Thus I take up the pen, and making the multiplication, I respond that the product demanded is 621. Now, knowing so easily the product of 27 times 23, and being able with the same promptitude and sureness to make the multiplication of all the possible numbers by all the possible numbers, I am clearly more knowledgeable that the one whose arithmetic capacity will stop at the elementary operation 2 x 2 = 4. Does this make me more certain? Not at all. The quantity of knowledge, I repeat, adds nothing to the philosophical quality of the knowing: it is by virtue of that principle, and another just like in that we will speak of below, that French law, coming out of the Revolution of 89, has declared us all equal before the law. Between two citizens, between two men, there can be inequality of acquired knowledge, of effective labor, of services rendered; there is no inequality of the quality of reason: such is, in France, the foundation of personal right, and such is the basis of our democracy. The old regime did not reason in the same way: is it clear now that philosophy is the legacy of the people?

It is the same for the comprehensive power of the mind.

2 multiplied by two produces 4, and 2 added to 2 still gives 4: on one side the product, on the other the sum are equal. However little the innocent to whom one makes the remark reflects on it, he will realize that addition and multiplication, although they begin from two different points of view and proceed in two different manners, resolve themselves, in this particular case, in an identical operation. By making a new effort, he will comprehend as well that 2 minus 4 or 4 divided by 2, it always remains 2, as subtraction and division se résolvent encore, in this particular case, in one single and same operation. All this will interest, and perhaps astonish him: he will have, in the measure from 2 to 4, a synthetic view of things. But the arithmetician knows much more, and his synthesis is incomparably more comprehensive. He knows that whenever one operates on numbers larger than 2, the results can no longer be the same; that multiplication is an abbreviated addition, and division an abbreviated subtraction as well; that