De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/122

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/122/121 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/122/123

[original French]

existant au dessus et en dehors des individus, ainsi que cela a lieu dans la communauté, elle n'a d'existence que par eux ; elle résulte de leur action réciproque et de leur commune énergie ; elle en est l'expression et la synthèse. Grâce à cet organisme, les individus, similaires par leur indigence originelle, se spécialisent par leurs talents, leurs industries, leurs fonctions; développent et multiplient, à un degré inconnu, leur action propre et leur liberté. De sorte que nous arrivons à ce résultat décisif : En voulant tout faire par la liberté seule on l'amoindrit; en l'obligeant à transiger, on la double..

3° En ce qui touche le progrès :

La communauté une fois constituée, c'est pour l'éternité. Là, point de révolutions, point de transformations : l'absolu est immuable. Le changement lui répugne. Pourquoi changerait-il? Ne consiste-t-il pas à absorber de plus en plus dans l'autorité anonyme toute vie, toute pensée, toute action ; à fermer les issues, à empêcher le travail libre, le commerce libre, comme le libre examen? Le progrès ici est un non-sens.

Avec la liberté illimitée, on conçoit à toute force que le progrès puisse exister dans l'industrie, mais il sera nul dans la vie publique, nul dans les institutions, puisque, d'après l'hypothèse, le juste et l'utile étant identiques, la morale et les intérêts se confondant, il n'y a pas de solidarité sociale, pas d'intérêts communs, pas d'institutions.

La Justice seule peut donc encore être dite progressiste, puisqu'elle suppose un amendement continuel de la législation, d'après l'expérience des rapports quotidiens, partant un système de plus en plus fécond de garanties.

Au reste, ce qui fait le triomphe de l'idée juridique sur les deux formes hypothétiques du communisme et de l'individualisme, c'est que, tandis que le droit se suffit à lui- même, le communisme et l'individualisme, incapables de se réaliser par la seule vertu de leur principe, ne peuvent se passer de prescriptions du droit. Tous deux sont forcés d'appeler la Justice à leur secours, et se condamnent ainsi eux-mêmes par leur inconséquence et leur contradiction. Le communisme, obligé par la révolte des individualités opprimées à faire des concessions et à se relâcher de ses maximes, périt tôt ou tard, d'abord par le ferment de liberté

[English translation]

existing above and apart from the individuals, as takes place in the community, it has existence only through them; it results from their reciprocal action and their shared energy; it is their expression and synthesis. Thanks to this organization, the individuals, similar by their original indigence, specialize by their talents, their industries, their functions; develop and multiply, with an unknown degree, their own action and their freedom. So that we arrive at this decisive result: by wanting to do everything by freedom alone one reduces it; by obliging it to compromise, one doubles it.

3° In what concerns progress:

The community having once been constituted, it exists for eternity. There are no revolutions, no transformations: the absolute is immutable. Change is repugnant to it. Why should it change? Does it not consist in absorbing more and more in the anonymous authority all life, all thought, all action; in closing the exits, preventing free labor, free commerce, as well as free examination? Progress here is a nonsense.

With unlimited freedom, one conceives with all force that progress can exist in industry, but it will be null in public life, null in institutions, since, according to the assumption, the just and the useful being identical, morals and interests merging, there are no such things as social solidarity, common interests, institutions.

Justice alone, thus, can still be called progressive, since it presupposes a continuous amendment of legislation, according to the experience of everyday relations, leaving an increasingly fertile system of guarantees.

At any rate, what brings the juridical idea to triumph over the two hypothetical forms of communism and individualism is that, while right suffices for itself, communism and individualism, incapable of being realized merely by virtue of their principles, cannot do without the regulations of right. Both are forced to call Justice to their aid, and thus condemn themselves by their inconsistency and their contradiction. Communism, obliged by the revolt of individualities oppressed to make concessions and to slacken its maxims, perishes sooner or later, first of all by the ferment of freedom