De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/123

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[original French]

qu'il introduit dans son sein, puis par l'institution d'une judicature, arbitre des transactions. L'individualisme, incapable de résoudre à priori son fameux problème de l'accord des intérêts, et contraint de poser des lois au moins provisoires, abdique à son tour devant cette puissance nouvelle, qu'excluait la pratique pure de la liberté.

IX. — Des trois hypothèses que nous avons vues se produire pour triompher de l'opposition des intérêts, créer un ordre dans l'humanité, et convertir la multitude des individualités en association, il ne subsiste donc réellement qu'une seule, celle de la Justice. La Justice, par son principe mutuelliste et commutatif, assure la liberté et en augmente la puissance, crée la société, et lui donne, avec une force irresistible, une vie immortelle. Et de même que, dans l'état juridique, la liberté en s'élevant à une plus haute puissance a changé de caractère ; de même l'Etat, 'en acquérant une force extraordinaire, n'est plus le même qu'il s'était posé d'abord dans l'hypothèse communiste : il est la résultante, non la dominante des intérêts.

De là cette conséquence, qui distingue radicalement la Révolution de l'ancien régime : bien que l'Etat, considéré comme unité supérieure et personne collective, puisse avoir aussi sa dignité propre, ses intérêts, son action, ses droits enfin, il n'a pas cependant de plus grande affaire que de veiller à ce que chacun respecte la personne, la propriété et les intérêts de chacun, en un mot que tous soient fidèles au pacte social. En cela consiste la prérogative essentielle de l'Etat; toutes ses attributions en découlent : ce qui signifie que, loin de commander les intérêts, il n'existe que pour les servir. En tant que l'individu est tenu de respecter le pacte, à peine de perdre l'appui de la cité et d'encourir son animadversion, il semble subordonné à l'Etat; mais en tant que le même individu a le droit de rappeler les autres au respect du pacte et de requérir la protection de la cité, il est supérieur à l'Etat et lui-même souverain. Dans l'ordre juridique, ou démocratique, l'autorité, dont on aime tant aujourd'hui à se prévaloir, n'a pas d'autre signification.

[English translation]

that it introduces into itself, an then by the institution of a judiciary, the referee of transactions. Individualism, incompetent to solve a priori its well-known problem of the agreement of interests, and forced to posit at least provisional laws, abdicates in its turn before this new power, which excluded the pure practice of freedom.

IX. — Of the three hypotheses with which we have been presented with regard to solving the opposition of interests, creating order in humanity, and converting the multitude of individualities into association, there thus remains really only one, that of Justice. Justice, by virtue of its mutualistic and commutative principle, ensures freedom and increases power, creates society, and imparts to it, with an irresistible force, an immortal life. And just as, in the juridical state, freedom, in being raised to a higher power, changed its character, so the State, in acquiring an extraordinary force, is no longer the same as it had been when posited on the basis of the communist hypothesis: it is the resultant of the interests, not something dominating them.

From thence comes this consequence, which radically distinguishes the Revolution from the ancien régime: although the State, considered as superior unit and collective person, can have also its own dignity, its own interests, its own action, ultimately its own rights, it nonetheless has no greater concern than to ensure that each respects the person, the property, and the interests of all the others, in a word, that all are faithful to the social pact. In this consists the essential prerogative of the State; all its attributions result from this: which means that, far from commanding the interests, it exists only to serve them. Insofar as an individual is held to respect the pact, on pain of losing the support of the city and incurring its animosity, he seems to be subordinate to the State; but insofar as the same individual has the right to call others to respect the pact and to call on the protection of the city, he is superior to the State and sovereign in himself. In the juridical or democratic order, authority, so heavily favored today, has no other meaning.