De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/125

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[original French]

si son acceptation ne sera pas dès lors accompagnée de réserves secrètes, de réticences, qui anéantiraient, virtuellement le pacte; si, médiocrement satisfait de la loi, il le sera davantage de ees interprètes ; si par conséquent cet état juridique, dont on attendait de si merveilleux effets, ne se résoudra pas en un système d'hypocrisie, dont tout homme avisé prendra ce qu'il estimera lui convenir et laissera le reste.

Qui formulera la loi? Qui dira le droit et le devoir? Au nom de qui ou de quoi se présentera cette Justice, toujours aveugle, toujours, tardive, jamais entièrement réparatrice? Qui garantira la sagesse de ses préceptes? Supposons la loi juste : qui garantira à chacun la fidélité du voisin, la probité du juge, le désintéressement du ministre, la prudence et l'honorabilité du fonctionnaire ? Dans ce spécieux système, où tout est censé relever de l'initiative de l'homme et du citoyen, où la loi est réputée l'expression de sa volonté, que de violence et d'arbitraire ! que d'escamotages !...

Que si maintenant, après avoir vu briller un instant cette idée sublime du droit, nous devions admettre, avec la théologie, que la Justice intégrale n'est pas de ce monde, que nous ne pouvons en posséder pleinement que la notion et seulement en saisir l'ombre, comment proposer à la raison défiante des mortels une législation approximative ? Comment enchaîner les consciences? Qui s'arrogera le droit d'accuser les infracteurs? Comment punir des gens qui, pour n'être pas dupes, auront pris sur eux de transiger avec la loi? Que deviennent dès lors le vice et la vertu? Que devient la morale?... Ne valait-il pas mieux, pour les pauvres humains, la guerre ouverte, acharnée, sans trêve ni merci, qu'une paix honteuse, pleine de paupérisme, de perfidie, de trahisons, d'assassinats, sous ce prétendu régime du droit? Eh! quoi, nous devions échapper à la tyrannie et à l'anarchie par la Justice, et voici que sous prétexte de Justice nous avons l'absolutisme de l'Etat, l'antagonisme des intérêts, et par supplément, la trahison!...

Depuis que l'homme s'est uni à l'homme pour la commune défense et la recherche des subsistances, ce problème formidable est posé, et la solution ne semble pas plus avancée que le premier jour. Les révolutions se succèdent; les religions, les gouvernements, les lois changent,

[English translation]

if its acceptance will not consequently be accompanied by secret reservations or reticences that would virtually destroy the pact; if, poorly satisfied with the law, it will be all the more so of its interpreters; so consequently this legal state, from which one expected such marvellous effects, will not be solved in a system of hypocrisy, of which any advised man will take what it will estimate to be appropriate to him and will leave the remainder.

Who will formulate the law? Who will dictate rights and duties? In the name of whom or what shall this Justice - always blind, always late, never entirely reparative - be presented? Who shall guarantee the wisdom of its precepts? Let us suppose the law to be just: who shall guarantee to each the fidelity of the neighbor, the probity of the judge, the disinterestedness of the minister, the prudence and honorability of the civil servant? In this specious system, in which all is supposed to arise from the initiative of the man and the citizen, in which the law is supposed to be the expression of his will, what violence and arbitrariness! What dupery!...

But now, if, having glimpsed for a moment the glory of this sublime idea of right, do we have to admit, along with theology, that total Justice is not of this world, that we can fully possess only its concept and grasp only its shadow, how can one propose to the reluctant reason of mortals an approximate legislation? How to bind down the conscience? Who will assume the right to accuse the offenders? How to punish people who, not easily deceived, will have taken it upon themselves to compromise with the law? What, consequently, becomes of vice and virtue? What becomes of morals?... Would it not be better for poor humanity to have open, unremitting war without truce or mercy than to have a shameful peace, full of pauperism, perfidy, treasons, murders, under this alleged regime of right? Eh! Justice was to have delivered us from tyranny and anarchy, and here, under the pretext of Justice, we have State absolutism, the antagonism of interests, and to top it all off, treason!...

Since man first joined with man for common defense and the quest for subsistence, this formidable problem has been posed, and the solution seems no nearer than it was on the first day. Revolutions follow one another; religions, governments, laws change,