De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/126

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[original French]

et la Justice est toujours aussi équivoque, toujours aussi impuissante. Que dis-je ? C'est cette déception de la Justice qui fait le malheur général. Comme au temps de l'initiation première, les esprits rêvent de droit, d'égalité, de liberte et de paix. Mais ce n'est toujours qu'un rêve : la foi s'est éteinte, et la vérité ne s'est pas montrée; la maxime j de l'intérêt propre, à peine adoucie par la crainte des dieux ; et la terreur des supplices, gouverne seule le monde; et si > les mœurs de l'humanité se distinguent jusqu'ici de celles des bêtes, c'est par cette comédie juridique, dont la Mtise de celles-ci les rend moins incapables.

Ainsi, malgré l'irréprochable rationalité du système, la Justice n'a pu devenir, en pratique, une vérité. Le désordre est dans le corps social, le droit faible, la loi incertaine; par suite, l'Etat vacille entre l'absolutisme et l'anarchie, le magistrat reste sceptique, la masse dissolue et malheureuse.

XI. — Une telle situation est aussi contraire à la raison des choses qu'à celle de l'homme, et c'est surtout parce que la raison des choses y répugne, que nous ne saurions nous y résigner. C'est une loi de nature que l'être intelligent et libre fasse lui-même ses mœurs ; qu'il se groupe selon une loi de raison et de liberté; qu'enfin, en quelque situation qu'il se trouve, seul ou en société, il arrive au bonheur par sa moralité même.

Voilà ce que dit la raison et ce qu'exige la nature ; ce qu'atteste, dans une certaine mesure, l'exemple des animaux; ce que cherche l'homme, sous la double et irrésistible impulsion de sa sensibilité et de sa conscience. Rester dans cet état de demi-justice est impossible : il faut aller de l'avant, d'autant que nous ne pourrions pas changer de système ; nous sommes engagés à la Justice par les efforts mêmes que nous avons fait pour la réaliser. Quelques réflexions achèveront de nous en convaincre.

Je dis d'abord que, moins que jamais, nous pouvons reprendre le joug communiste.

La subordination de l'individu au groupe, qui fait le fond de ce système, s'observe chez tous les animaux associés; elle apparaît alors comme une conséquence du principe physiologique qui, en tout organisme, subordonne chaque

[English translation]

and Justice remains always just as equivocal, just as powerless. What do I say? It is this disappointment with Justice that makes for the general misfortune. As during the time of the first initiation, minds dream of right, equality, freedom and peace. But it is always only a dream: the faith in it is extinct, and the truth was not shown; the maxim of proper interest, hardly softened by the fear of the gods and the fear of torments, alone governs the world; and if the manners of humanity are distinguished up to now from those of the animals, it is by this juridical comedy, the foolishness of which makes them less incapable.

Thus, in spite of the irreproachable rationality of the system, Justice could not become, in practice, a truth. Disorder enters into the social body, rights are feeble, laws doubtful; consequently, the State wavers between absolutism and anarchy, the magistrate remains skeptical, the mass dissolute and unhappy.

XI. – Such a situation is as contrary to the reason of things as it is to that of man, and it is especially because the reason of the things feels reluctant there, that we could not resign ourselves to it. It is a law of nature which to be intelligent and free for it itself makes its manners; that it groups according to a law of reason and freedom; that finally, in some situation which it is, only or in society, it even arrives at happiness by its morality. Here are what the reason says and what required nature; what attested, to a certain extent, the example of the animals; what seeks the man, under the double and irresistible impulse of its sensitivity and its conscience. To remain in this state of half-justice is impossible: it is necessary to go from the front one, the more so as we could not change system; we are committed to Justice by the very efforts that we made to realize it. A little reflection will suffice to convince us of this.

I say, first of all, that we can afford less than ever to take up the communist yoke again.

The subordination of the individual to the group that forms the foundation of this system can be observed in all the social animals; there, it seems a consequence of the physiological principle that, in any organism, subordinates each