De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/132

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/132/131 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/132/133

[original French]

Ce n'est pas tout. Le sujet, en tant qu'être moral, se sait et se sent: il a l'instinct, l'intuition, la connaissance de sa loi; il l'affirme, il la veut, il y adhère avec amour; il a la certitude intime que par elle et par elle seule il peut être heureux, et il tend de toute l'énergie de sa volonté à la réaliser, en y soumettant tout ce qui l'environne. (Déf. 5, ax. 4.)

Appliquant ces principes à l'homme qui vit en société, je conclus :

La condition sociale ne peut pas être pour l'individu une diminution de sa dignité, elle ne peut en être qu'une augmentation. Il faut donc que la Justice, nom par lequel nous désignons surtout cette partie de la morale qui caractérise le sujet en société, pour devenir efficace, soit plus qu'une idée, il .faut qu'elle soit en même temps une EÉalitÉ. Il faut, disons-nous, qu'elle agisse non seulement comme notion de l'entendement, rapport économique, formule d'ordre, mais encore comme puissance de l'âme, forme de la volonté, énergie intérieure, instinct social, analogue, chez l'homme, à cet instinct communiste que nous iléons remarqué chez l'abeille. Car il y a lieu de penser que, si la Justice est demeurée jnsqu'à ce jour impuissante, c'est que, comme faculté, force motrice, nous l'avons entièrement méconnue, que sa culture a été négligée, qu'elle n'a pas marché dans son développement du même pas que l'intelligence, enfin que nous l'avons prise pour une fantaisie de notre^ imagination, ou l'impression mystérieuse d'une volonté étrangère. Il faut donc, encore une fois, que cette Justice, nous la sentions en nous, par la conscience, comme un amour, une volupté, une joie, une colère; que nous soyons assurés de son excellence autant au point de vue de notre félicité personnelle qu'à celui de la conservation sociale; que, par ce zèle sacré de la Justice, et par ses défaillances, s'expliquent tous les faits de notre vie collective, ses établissements, ses utopies, ses perturbations, ses corruptions ; qu'elle nous apparaisse, enfin, comme le principe, le moyen et la fin, l'explication et la sanction de notre destinée.

En deux mots une force de Justice, et non pas simplement une notion de Justice ; force qui, en augmentant pour l'individu la dignité, la sécurité et la félicité, assure en

[English translation]

It is not all. The subject, as being moral, is known and felt: it has the instinct, the intuition, the knowledge of its law; it affirms it, it wants it, it adheres to it with love; it with the certainty intimates that by it and it only it can be happy, and it tends of all the energy of its will to carry it out, by subjecting all to it that surrounds it. (Def. 5, Ax. 4.)

Applying these principles to the man who lives in society, I conclude:

The social condition cannot be for the individual a reduction in his dignity, it can only be an increase of it. It is necessary thus that JUSTICE, the name by which we specifically indicate that part of morals that characterizes the subject in society, to become effective, must be more than an idea, it is necessary that it be at the same time a REALITY. It is necessary, we say, that it act not only as a concept of the understanding, an economic relation, a formula of order, but also as a power of the soul, a form of the will, an internal energy, a social instinct, similar, in man, to this communist instinct that we noticed in the bee. For it is necessary to think that, if justice has so far remained impotent, it is because, as a faculty, as a driving force, we have entirely ignored it, because its cultivation was neglected, because it did not proceed in its development at the same rate as the intelligence, finally, because we took it for a fantasy of our imagination or the mysterious impression of an alien will. It is thus necessary, once again, that we feel this justice in ourselves, through the conscience, as a love, a pleasure, a joy, an anger; that we are assured of its excellence as much as the perspective of our personal happiness as that of social conservation; that, by this sacred zeal for Justice, and by its failures, all the facts of our collective life, its establishments, its utopias, its disturbances, its corruptions, are explained; that it appears to us, finally, as the principle, the means and the end, the explanation and the sanction of our destiny.

In two words, what philosophy seeks is a FORCE of justice, and not simply a concept of Justice; a force that, by increasing the individual’s dignity, safety and happiness, at the same time ensures