De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/133

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/133/132 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/133/134

[original French]

même temps l'ordre social contre les incursions de l'égoïsme : voila ce que cherche la philosophie, et hors de quoi point de société.

Cette force de Justice existe-t-elle? A-t-elle son siége quelque part dans l'homme ou hors de l'homme? Ici se divisent de nouveau les opinions.


CHAPITRE IV
Réalisme de la Justice. — La transcendance et l'immanence.

XV. — De ce qui précède résulte déjà un point essentiel, que nous pouvons regarder comme acquis, savoir :

Que pour régler les rapports des individus entre eux, les faire vivre ensemble et l'un par l'autre > et créer ainsi la société, un principe, une puissance, une entité, quelque chose comme ce que nous appelons la Justice, ayant sa réalité propre, son siége quelque part, d'où il détermine les volontés et leur impose ses règlements, est nécesaire.

Quelle est cette puissance? Où la saisir? Comment la définir? Là est maintenant la question.

On a prétendu que la Justice n'était qu'un rapport d'équilibre, conçu par l'entendement, mais librement admis par la volonté, comme toute autre spéculation de l'esprit, en raison de l'utilité qu'elle y trouve; qu'ainsi la Justice, ramenée à sa formule, se réduisant à une mesure de précaution et d'assurance, à un acte du bon plaisir, voire même de la sympathie, mais toujours en vue de l'amour de soi, n'est, hors de là, qu'une imagination, rien.

Mais, sans compter que cette opinion est démentie par le sentiment universel qui reconnaît et affirme dans la Justice autre chose qu'un calcul de probabilités et une mesure de garantie, on peut observer, d'abord, que dans ce système, qui n'est autre que celui du doute moral, la société est impossible : nous l'éprouvons aujourd'hui, comme les Grecs et les Romains l'éprouvèrent; — en second lieu, qu'en l'absence d'une force de Justice, prépondérante dans les âmes, la violence et la fraude redevenant la seule loi,

[English translation]

the social order against the incursions of egoism: outside of this, there is no society.

Does this force of justice exist? Does it have its seat anywhere within or without man? Here opinions are once again divided.


CHAPTER IV

Realism of Justice. — Transcendence and immanence.

XV. — An essential point, that we can regard as an asset, already follows from the foregoing considerations, to wit: That to regulate relations between individuals, to make them live with one another and by one another, and to thus create society, a principle, a power, an entity, something is needed that we call Justice, having its own reality, its place somewhere in the world, from which it determines wills and imposes its regulations upon them.

What is this power? Where can we apprehend it? How to define it? This now is the question.

It was claimed that Justice was only a relation of equilibrium, conceived by the understanding, but freely admitted by the will, like any other speculation of the mind, because of the utility that it finds in it; that in this way, Justice, reduced to its formula, to a prudential or precautionary measure, an act taken at one’s own pleasure, even if in sympathy, but always with regard to one’s love of oneself, is, beyond that, a mere imagination, a nothing.

However, without stopping to consider that this opinion is contradicted by the universal feeling that recognizes and affirms in Justice something other than a calculus of probabilities and a safety measure, one can observe, first of all, that in this system, which is none other than that of moral doubt, society is impossible: we can attest to this today, as did the Greeks and Romans; in the second place, that in the absence of a force of Justice that is preponderant in our souls, violence and fraud becoming again the only law,