De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/134

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/134/133 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/134/135

[original French]

la liberté, malgré toutes les polices et les combinaisons de l'assurance, est détruite, l'humanité devient une fiction, ce qui fait tomber la critique.

Je reviens donc à mon propos, et je dis :

Quelle que soit la Justice et de quelque nom qu'on l'appelle, la nécessité d'un principe qui agisse sur la volonté comme unfforce, et la détermine dans le sens du droit ou de la réciprocité des intérêts, indépendamment de toute considération d'égoïsme, cette nécessité est incontestable. La société ne peut pas dépendre des calculs et des convenances de l'égoïsme; les actes de l'humanité tout entière, dans ses ascensions et dans ses rétrogradations, en témoignent.

Ce principe, cette force, il s'agit d'en constater l'existence, d'en analyser la nature, d'en donner la formule. Constater la réalité de la Justice et la définir, en indiquer les applicationsgénérales, c'est aujourd'hui toute l'éthique : la philosophie morale, jusqu'à plus ample manifestation de la conscience, ne saurait aller au delà.

Or, i] y a deux manières de concevoir la réalité de la Justice :

Ou comme une pression du dehors exercée sur le moi ;

Ou bien comme une faculté du moi qui, sans sortir de son for intérieur, sentirait sa dignité en la personne du prochain avec la même vivacité qu'il la sent en sa propre personne, et se trouverait ainsi, tout en conservant son individualité, identique et adéquat à l'être collectif même.

Dans le premier cas, la Justice est extérieure et supérieure à l'individu, soit qu'elle réside dans la collectivité sociale, considérée comme être sui generis, dont la dignité prime celle de tous les membres qui la composent, ce qui rentre dans la théorie communiste déjà évincée ; soit qu'on place la Justice plus haut encore, dans l'être transcendant et absolu qui anime, inspire la société, qu'on nomme Dieu.

Dans le second cas, la Justice est intime à l'individu, homogène à sa dignité, égale à cette même dignité multipliée par la somme des rapports que suppose la vie sociale.

Donnons une idée des deux systèmes.

XVI. — Système de la Révélation. Le premier de ces sys-

[English translation]

freedom, in spite of all the police forces and insurance policies in the world, is destroyed, humanity becomes a fiction, and thus the critique falls apart.

I thus return to my subject, and I say:

Whatever Justice may be, and whatever name it may be called by, the need for a principle that acts on the will in the manner of a force and determines it in the direction of the right or of the reciprocity of interests, independently of any egoistic considerations, is undeniable.

Society cannot depend on the calculations and conveniences of egoism; the acts of humanity as a whole, in its progress and regress, testify to this. It is a matter of noting the existence of this principle, this force, of analyzing its nature, articulating its formula. To note the reality of Justice and to define it, to indicate its general applications, that is the totality of ethics today: moral philosophy, up to the fuller manifestation of the conscience, could not go beyond that.

However, there are two manners of conceiving the reality of Justice:

Either as a pressure from the outside exerted upon the ego;

Or as a faculty of the ego which, without leaving its own interior conscience, would feel its own dignity in the person of its neighbor as viscerally as it feels it in its own person, and would be thus, while preserving its individuality, be identical and adequate to the collective being itself.

In the first case, Justice is external and superior to the individual, that is to say that it resides in the social community, considered as being sui generis, whose dignity precedes that of all the members who comprise it, which brings us back to the already superceded communist theory; it may even be that one places Justice higher still, in a transcendent and absolute being that animates and inspires society, which one calls GOD.

In the second case, Justice is intimate to the individual, homogeneous with his dignity, equal to this same dignity multiplied by the sum of the relations that social life presupposes.

Let us give an idea of the two systems.

XVI. — System of Revelation. The first and oldest of these systems,