De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/136

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[original French]

Que l'âme humaine, vide et ténébreuse, sans autre moralité que celle de l'égoïsme, est incapable par elle-même de s'élever à la loi qui régit la société, et d'y conformer ses actes ; que seulement elle possède une certaine aptitude à recevoir la lumière, dont la transfusion est opérée en elle par le Révélateur divin, autrement dit le Verbe ;

Que cet etat d'obscurité invincible, qui pourtant, assure-t-on, aurait pu ne pas être, est l'effet d'une corruption diabolique, arrivée à l'âme aux premiers jours de la création, corruption qui l'a fait dechoir au rang des brutes, et dont elle ne peut être sur cette terre radicalement guérie;

Que la révélation de la loi a eu lieu une première fois en Adam, puis successivement en Noé, Abraham, Moïse, les prophètes et Jésus-Christ, lequel, par son Eglise, en a organisé à perpétuité la propagation parmi les hommes ;

Qu'ainsi la Justice, chose essentiellement divine, hyper- physique, ultra-rationnelle, au dessus de toute observation et conclusion de l'esprit, ce qu'exprime le mot de transcendance qui caractérise le système, ne peut, quant à sa détermination, avoir rien de commun avec les autres branches du savoir, qui tous relèvent ex œquo de l'entendement et de l'expérience; — quant à la pratique, que l'homme est du tout incapable par nature d'aucune obéissance, vertu ou sacrifice ; qu'il y répugne essentiellement, d'autant qu'il ne saurait y trouver, en lui-même et sur cette terre, aucune compensation;

Que tout ce que l'homme a à faire en conséquence est de suivre l'impulsion de la grâce, qui d'ailleurs ne lui manque jamais, et d'obéir à la loi, telle quelle, qui lui est proposée de la part de Dieu par l'Église, auquel cas il sera sauvé; sinon, et dans le cas où il résisterait à l'ordre divin et se montrerait réfractaire, il sera puni ;

Mais qu'il ne saurait être sérieusement question de philosopher sur les décrets du ciel comme il est permis de le faire sur les phénomènes de la nature, de pénétrer les motifs d'en haut, bien moins encore de prétendre y ajouter ou en retrancher, puisque ce serait aspirer à refaire l'œuvre de Dieu et à voir de plus loin que sa providence, ce qui, sans impiété ne se peut admettre.

En resultat, d'après cette théologie, le principe de la

[English translation]

That the human soul, empty and dark, without any morality other than that of egoism, is unable by itself to rise to the law that governs society, and to conform its acts to it; that only it has a certain aptitude to receive the light, whose transfusion is operated in it by the Revealing divine one, in other words the Verb;

That this state of invincible darkness, which nonetheless, one is assured, could not have existed, is the effect of a diabolic corruption that came upon the soul during the first days of creation, a corruption that deprived it of the rank of brutes, and it cannot exist on this radically cured terrain;

That the revelation of the law first took place through Adam, then successively through Noah, Abraham, Moses, the prophets, and Jesus Christ, and that the Church has arranged for its propagation among men unto perpetuity;

That thus Justice, a thing essentially divine, hyper-physical, ultra-rational, above any observation and conclusion of the mind, as is expressed by the very word that characterizes the system, “transcendence,” cannot, as for its determination, have anything in common with the other branches of knowledge, which all arise ex aequo with understanding and experience; that in practice, man is naturally completely incapable of any obedience, virtue, or sacrifice; that he is fundamentally averse to it, all the more so in so far as he would be unable to find, in himself and on this earth, any compensation for it;

That, consequently, all man has to do is to follow the impulse of grace, which in any case he never lacks, and to obey the law, just as it is, which is proposed to him by the Church on God’s behalf, in which case he will be saved; if not, and if he would resist and be refractory to the divine order, he will be punished;

But that there can be no serious question of his philosophizing about the decrees of heaven as he is allowed to do with respect to natural phenomena, no question of penetrating the motives of he who is on high, much less of claiming to add to or subtract from them, since this would be to aspire to remake what God has made and to see farther than his providence, which cannot be imagined without impiety.

As a result, according to this theology, the principle of