De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/137

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/137/136 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/137/138

[original French]

Justice est en Dieu, qui eu est à la fois le sujet et le révélateur; la puissance de réalisation, encore en Lieu; la sanction, toujours en Dieu.

En sorte que, sans la manifestation divine, l'humanité après sa chute ne serait pas sortie de la condition des bêtes, et que le premier fruit de la religion est cette raison philosophique elle-même, qui la méconnaît et l'outrage.

XVII. — A l'appui de ce résumé, je me bornerai à citer les passages suivants du Dictionnaire de Bergier, édition de 1843, revue, augmentée et annotée par messeigneurs Doney, évêque de Montauban, et Thomas Gousset, archevêque de Reims :

Selon les théologiens, la Loi est la volonté de Dieu intimée aux créatures intelligentes, par laquelle il leur impose une obligation, c'est à dire les met dans la nécessité de faire ou d'éviter telle action, sinon d'être punies.

Ainsi, selon cette définition, sans la notion d'un Dieu et d'une providence, il n'y a point de loi et d'obligation morale proprement dite.

C'est par analogie que nous appelons lois les volontés des hommes qui ont l'autorité de nous récompenser et de nous punir; mais si cette autorité ne venait pas de Dieu, elle serait nulle et illégitime.

Jean-Jacques Rousseau, Kant, Spinoza lui-même, MM. Cousin, Jean Reynaud, Jules Simon, Pierre Leroux, tous les éclectiques, les spiritualistes, les socialistes, les panthéistes, jusqu'à Auguste Comte, qui en niant Dieu se raccroche au grand Etre humanitaire, ne parlent pas autrement.

Bergier accorde bien que notre raison peut aller jusqu'à découvrir l'utilité, de la loi, mais il nie qu'elle puisse nous en faire un Devoie, en quoi il est suivi par la masse des philosophes :

La raison ou la faculté de raisonner peut nous indiquer ce qu'il nous est avantageux de faire ou d'éviter, mais elle ne nous impose aucune nécessité de faire ce qu'elle nous dicte ; elle peut nous intimer la loi, mais elle n'a point par elle-même force de loi. Si Dieu ne nous avait point ordonné de la suivre, nous pourrions y résister sans être coupables. Le flambeau qui nous guide, et la loi que nous oblige, ne sont pas la même chose.

[English translation]

Justice is in God, who is at once revelator and subject of revelation; the power of realization is also in God; the sanction, always in God.

So that, without the divine manifestation, humanity after its fall would not have left the condition of the beasts, and the first fruit of religion is this same philosophical reason that ignores and insults it.

XVII. — In support of this summary, I will restrict myself to quote the following passages from Bergier’s Dictionnaire, edition of 1843, revised, supplemented and annotated by messeigneurs Doney, bishop of Montauban, and Thomas Gousset, archbishop of Rheims:

According to the theologians, the Law is the will of God as given to intelligent creatures, by which it imposes an obligation upon them, that is to say, puts them in need of acting in such and such a way or avoiding some such act if they are not to be punished.

Thus, according to this definition, without the concept of God and of a providence, there is no law or moral obligation as such.

It is by analogy that we call laws the wills of men who have the authority to reward and to punish us; but if this authority did not come from God, it would be null and illegitimate.

Jean-Jacques Rousseau, Kant, Spinoza himself, MM. Cousin, Jean Reynaud, Jules Simon, Pierre Leroux, all the eclectics, the spiritualists, the socialists, the pantheists, up to Auguste Comte, who, while denying God, hangs himself up again with the great humanitarian Being, say no differently.

Bergier grants freely that our reason can go so far as to discover the utility of the law, but he denies that it can create in us a DUTY, in which he is followed by the mass of the philosophers:

Reason or the rational faculty can indicate to us what it is advantageous for us to do or avoid, but it does not impose on us any need to do what it tells us; it can intimate the law to us, but it does not in itself have the force of law. If God had not ordered us to follow it, we could resist it without being guilty. The torch that guides us, and the law that obliges us, are not the same thing.