De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/138

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/138/137 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/138/139

[original French]

Mgr Gousset, dans les notes qu'il a jointes au Dictionnaire, développe ainsi l'idée de Bergier :

Aucune raison purement philosophique ne peut établir la distinction du bien et du mal. Le philosophe qui a le bonheur d'avoir des idées justes et précises sur une question si importante reste néanmoins impuissant pour convaincre d'erreur, par sa propre raison, le philosophe qui a des idées contraires.

Et plus bas :

On peut demander si naturellement et d'elle-même la conscience A la notion du bien et du mal. Les observations que nous avons faites sur les articles Certitude, Evidence, Foi, Langage, Raison, Révélation, Vérité, démontrent que cette notion est, comme toutes les autres, transmise à l'homme par la tradition, et qu'il ne peut la trouver que dans la société. Or, la société elle-même a repu de Dieu les notions qu'elle dépose dans la conscience de chaque homme : c'est Dieu qui les lui a enseignées. Donc, encore une fois, c'est Dieu qui est le premier auteur de ces notions, et c'est sur Dieu que repose leur démonstration philosophique.

Donc la science morale doit être nécessairement attachée, à l'idée de Dieu, c'est à dire à la Révélation...

Et comme pour justifier l'observation de Mgr Gousset, nous voyons les philosophes, ceux du moins qui admettent une morale supérieure à l'égoïsme, J. J. Rousseau, Kant, V. Cousin, J. Simon, J. Reynaud, J. Oudot, rattacher à Dieu et à une révélation, historique ou psychique, les lois de la morale.

Quant aux philosophes qui nient toute espèce de révélation ou n'en tiennent aucun compte, tels que Saint-Lambert, d'Holbach, Bentham, Hobbes, Hégel et les panthéistes modernes, ils retombent, sous le nom os Loi naturelle, qui dans le communisme et le despotisme, qui dans l'égoïsme, l'utilitarisme, l'organicisme et le fatalisme, c'est à dire qu'ils nient, avec la liberté, la Justice.

Là donc est l'essence de la Religion. Elle existe, elle est donnée, non pas, comme le disaient les anciens incrédules, dans l'intention et avec la volonté préméditée d'asservir l'espèce humaine, bien qu'elle ait eu ce résultat, mais pour fournir une raison, une autorité et une base à la Justice, sans laquelle la société ne peut subsister.

On conçoit d'après cela combien il est misérable de dis-

[English translation]

Mgr. Gousset, in the notes that he has appended to the Dictionnaire, develops Bergier’s idea as follows:

No purely philosophical reason can establish the distinction of good and evil. The philosopher who is fortunate enough to hold accurate and precise ideas on an important matter remains powerless to convince the philosopher who holds contrary ideas of his error by his own reason.

And further on:

One can ask whether the consciousness of the notion of good and evil comes naturally and of itself. The observations we have made about the articles on Certainty, Evidence, Faith, Language, Reason, Revelation, and Truth show that this concept is, like all others, transmitted to man by tradition, and that it can be found only in society. However, society itself received from God the concepts that it deposits in the conscience of each man: it is God who taught them to it. Therefore, once again, it is God who is the first author of these concepts, and it is upon God that their philosophical demonstration must rely.

Thus, moral science must be necessarily tied to the idea of God, i.e. to Revelation…

And as if to justify the observation of Mgr Gousset, we see the philosophers, those at least who admit a morality higher than egoism, J.J. Rousseau, Kant, V. Cousin, J. Simon, J. Reynaud, J. Oudot, tie the laws of morality to God and a historic or psychic revelation.

As for the philosophers who deny any kind of revelation or take no account of it, such as Saint-Lambert, d’Holbach, Bentham, Hobbes, Hegel and the modern pantheists, they fall, under the name of Natural Law, either into Communism and despotism, or into egoism, utilitarianism, organicism and fatalism, i.e., they deny, along with freedom, Justice itself.

This, then, is the essence of Religion. It exists, it is given, not, as said the unbelievers of old, with the intent and premeditated will to subjugate mankind, although it had this result, but to provide a reason, an authority, and a foundation to Justice, without which society cannot subsist.

One conceives accordingly how miserable it is to dis-