De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/139

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/139/138 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/139/140

[original French]

puter, comme le font les protestants, sur la légitimité de l'Eglise romaine, sur la certitude de sa tradition et l'authenticité de son enseignement, sur la vérité de son dogme, la pureté de sa discipline, les variations de son histoire, les incertitudes de son exégèse; — ou bien, à l'exemple des déistes, sur la vérité des prophéties et des miracles, la mission de Moïse, la qualité du Messie, etc. C'est faire comme les pharisiens de l'Evangile, à qui le Christ reprochait de gober un chameau et de faire la grimace pour une mouche.

On conçoit également ce qu'il y a d'irrationnel, d'hypocrite, dans une société qui se proclame religieuse, à prétendre séparer le spirituel et le temporel, et mettre l'Eglise hors du gouvernement. C'est comme si, après avoir donné des béquilles à un estropié, on l'obligeait à les porter sur le dos.

XVIII. — Ces principes établis, la théologie explique ainsi le mouvement de l'histoire.

Ce mouvement, que les uns prennent pour un progrès, tandis que les autres n'y voient qu'une agitation irrationnelle et stérile, n'est autre chose, assurent les inspirés, que l'effet de la lutte qui s'établit tout d'abord entre la nature égoïste et récalcitrante de l'homme et l'action aiguillonnante et de plus en plus victorieuse de la loi, expression révélée de la société. Tel est le fond de la philosophie de Bossuet, dans son Discours sur l'histoire universelle. C'est pourquoi l'Eglise a pris le nom de militante : son ennemi est l'ange de ténèbres, personnification du mal, auteur principal de notre abaissement, et qui, malgré tous les exorcismes, malgré le sang d'un Dieu versé pour les péchés du monde, continue de posséder la majorité des âmes.

Mais de supposer qu'à l'instar du progrès qui se manifeste dans les sciences et l'industrie, et qui est l'effet de notre science accumulée, il yen ait un semblable dans la Justice, indépendamment de l'action efficace de la grâce, c'est une proposition contre laquelle la théologie proteste de toutes ses forces, qu'elle déclare destructive de la religion, et, par suite, de toute morale, de toute société.

Et il faut le dire, non seulement l'immoralité contemporaine semble donner raison à la théologie, mais sur ce

[English translation]

as do the Protestants, over the legitimacy of the Roman Church, the certainty of its tradition and the authenticity of its teaching, over the truth of its dogma, the purity of its discipline, the variations of its history, uncertainties of its interpretation, or, after the example of the Deists, over the truth of the prophecies and the miracles, the mission of Moses, the quality of the Messiah, etc., is to do as the Pharisees of the Gospel, whom Christ reproached with swallowing a camel while straining at a gnat.

One also conceives what there is of the irrational, of the hypocritical, in a society that proclaims itself religious, in attempting to separate the spiritual and the temporal and to keep the Church out of the government. It is as if, after having given crutches to a cripple, one obliged him to carry them on his back.

XVIII. — Having established these principles, theology explains the movement of history thus.

This movement, that some take for a progress, while others see in it only an irrational and sterile agitation, is nothing more, the enthusiastic assure us, that the effect of the struggle that is established first of all between man’s selfish and recalcitrant nature and the encouraging and increasingly victorious action of law, the revealed expression of society. Such is the basis of Bossuet’s philosophy in his Discourse On Universal History. This is why the Church took the name of militant: its enemy is the angel of darkness, the personification of evil, the principal author of our debasement, and which, in spite of all the exorcisms, despite the shedding of God’s blood for the world’s sins, continues to possess the majority of souls.

But to suppose that the apparent progress in the sciences and industry, which is the effect of our accumulated knowledge, has its like in Justice, independently of the effective action of grace, is a proposal against which theology protests with all its might, which she declares to be destructive of religion, and, consequently, of all morality, of all society.

And it should be said, not only does the contemporary immorality seem to give reason to theology, but on this