De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/140

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/140/139 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/140/141

[original French]

point encore la philosophie déiste pense au fond comme, l'Eglise. Elle croit et enseigne que la société est, comme le corps humain, sujette à corruption et décadence; que de temps à autre elle a besoin de retremper ses mœurs : que cette régénération morale ne peut s'accomplir qu'à une condition, la rénovation du dogme. Qu'est-ce queledogme? La parole intérieure, divine et providentielle, qui éclate aux époques fatidiques pour la régénération des sociétés. C'est pour cela que nous voyons aujourd'hui de hautes intelligences, des âmes généreuses, convaincues que la corruption est à son comble, que le christianisme est usé comme autrefois le paganisme, et que le temps est proche, adresser leur requête à la Divinité, implorer avec larmes et componction une manifestation du dogme. L'auteur de la France mystique a compté plus de trente de ces concurrents de l'Eglise, dont la devise, en un siècle décidément raisonneur, mais que la foi agite toujourSj "semble être celle-ci : Faut de la révélation, pas trop n'en faut !...

Tant le système de la transcendance, sorti des concepts fondamentaux et des premières hypothèses de la raison, formulé en légendes poétiques et en merveilleux récits, entretenu par la faiblesse d'âme des philosophes, est entré avant dans la conscience des hommes ! On sait par quel saut de carpe l'incomparable Kant, après avoir renversé par sa Critique de la raison pure toutes les prétendues démonstrations de l'existence de Dieu, l'a retrouvée dans la raison pratique. Descartes, avant lui, était arrivé au même résultat ; et c'est merveille de voir les derniers disciples de ce métaphysicien acrobate rejeter l'autorité de l'Eglise, la révélation de Jésus, celles de Moïse, des patriarches, de Zoroastre, des Brachmanes, des Druides, tout le système des religions, et affirmer ensuite; comme fait de psychologie positive, la révélation immédiate de Dieu dans les âmes.

Suivant ces messieurs, Dieu se manifeste directement à nous par la conscience ; ce que l'on appelle sens moral est l'impression même de la Divinité. Par cela seul que je reconnais l'obligation d'obéir à la Justice, je suis, à les entendre, croyant malgré mes dents, adorateur de l'Etre- Suprême, et partisan de la religion naturelle. Le Devoir! Il suffit que je prononce ce mot pour attester, contre mon

[English translation]

point even the Deist philosophy, at bottom, thinks like the Church. It believes and teaches that society is, like the human body, prone to corruption and decadence; that from time to time it needs to reinforce its manners: that this moral regeneration can be achieved only on one condition: the restoration of dogma. What is dogma? The inward speech, divine and providential, that bursts forth in fateful times for the regeneration of societies. Therefore we see today high intelligences, generous souls, convinced that corruption is at its height, that Christianity is as outworn as paganism once was, and that the time draws near to address their prayer to the Divinity, to beseech, with tears and contrition, a manifestation of dogma. The author of La France mystique counted more than thirty of these competitors of the Church, whose currency, in a decidedly rationalistic century that is nonetheless continually agitated by faith, seems to be this: Revelation is necessary, too much of it is not necessary! …

So the system of transcendence, sprung from the fundamental concepts and first assumptions of reason, formulated in poetic legends and marvellous tales, sustained by the philosophers’ weakness of spirit, comes before the conscience of men! One knows by what a leap the incomparable Kant, after having overturned all the alleged demonstrations of the existence of God in his Critique of Pure Reason, found his way back to it in his Practical Reason. Descartes, before him, had arrived at the same result, and one marvels to see the last disciples of this metaphysical acrobat rejecting the authority of the Church, the revelation of Jesus, those of Moses, the patriarchs, Zoroaster, the Brahmins, the Druids, all the systems of religion, and then affirming, as a fact of positive psychology, the immediate revelation of God in the soul.

According to these messieurs, God appears directly to us through the conscience; what one calls the moral sense is the very imprint of the Divinity. Only thereby do I recognize the obligation to obey Justice; I am, to listen to them, a believer in spite of myself, a worshipper of the Supreme Being, and a partisan of natural religion. Duty! It is enough that I pronounce this word to attest, against my