De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/141

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[original French]

envie, que je suis double : Moi, d'abord, qui suis lié par le devoir; et l'Autre, c'est à dire Dieu, qui a formé ce lien, qui s'est établi dans mon âme, qui me possède tout entier, qui, lorsque je m'imagine en suivant la loi morale faire acte d'autonomie, me conduit, sans que je m'en aperçoive, par son impérieuse suggestion.

En vérité, il faut que ces doctrinaires de la Foi nous prennent pour des grands enfants, de croire que nous rirons avec eux du miracle de la Salette, et que nous accepterons celui, bien plus énorme, de leur théodicée. La possession divine, imaginée en désespoir de cause par une école timide, est le dernier hoquet de la superstition transcendante. Que dis-je? Elle est déjà la formule déguisée de la vraie philosophie, et pitié pour celui qui s'y trompe!

XIX. — Système de la Révolution. L'autre système, I radicalement opposé au premier, et dont la Révolution a eu pour but d'assurer le triomphe, est celui de l'immanence, ou de l'innéité de la Justice dans la conscience.

D'après cette théorie, l'homme, quoique parti d'une sauvagerie complète, produit incessamment, par le développement spontané de sa nature, la société. Ce n'est que par abstraction qu'il peut être considéré à l'état d'isolement et sans autre loi que l'égoïsme. Sa conscience n'est pas double, comme l'enseignent les transcendantalistes ; elle ne relève point, pour une part, de l'animalité, et pour l'autre, de Dieu; elle n'est que polarisée. Partie intégrante d'une existence collective, l'homme sent sa dignité tout à la fois en lui-même et en autrui, et porte ainsi dans son cœur le principe d'une moralité supérieure à son individu. Et ce principe, il ne le reçoit pas d'ailleurs; il lui est intime, immanent. Il constitue son essence, l'essence de la société elle-même. C'est la forme propre de l'âme humaine, forme qui ne fait que se préciser et se perfectionner de

Elus en plus par les relations que fait naître chaque jour i vie sociale.

La Justice, en un mot, est en nous comme l'amour, comme les notions du beau, de l'utile, du vrai, comme toutes nos puissances et facultés. C'est pourquoi je nie que, tandis que nul ne songe à rapporter à Dieu l'amour,

[English translation]

own desire, that I am double: I, first of all, who am bound by duty; and the Other, i.e., the God who formed this bond that has been established in my heart, that possesses me entire, who, when I imagine myself to be performing an act of autonomy in following the moral law, is actually guiding me, without my realizing it, by his imperious suggestion.

Truly, these doctrinaires of Faith must take us for overgrown children, to believe that we will laugh with them at the miracle of Salette, and that we will accept this, much more enormous, from their theodicy. Divine possession, fantasized for want of a cause by a timid school, is the last hiccup of the transcendental superstition. What do I say? It is already the disguised formula of the true philosophy, and I pity those who mistake it for the true philosophy itself!

XIX. — System of the Revolution. The other system, radically opposed to the first, to ensure the triumph of which was the Revolution’s purpose, is that of the immanence, or the inneity of Justice in the conscience.

According to this theory, man, despite having emerged from a complete brutality, continuously produces society through the spontaneous development of his nature. It is only by abstraction that he can be considered in a state of isolation, with no other law than egoism. His conscience is not double, as the transcendentalists teach; it does not arise half from animality and half from God; it is only polarized. As an integral part of a collective existence, man senses his dignity simultaneously in himself and in others, and thus carries in his heart the principle of a morality higher than his own individuality. And he does not receive this principle from elsewhere; it is intimate to him, immanent. It constitutes his essence, the essence of society itself. It is the form of the human soul itself, a form that merely comes more and more to articulate and perfect itself through the relations that social life gives birth to every day.

Justice, in a word, is in us like love, like the notions of the beautiful, the useful, the true, like all our powers and faculties. This is why I deny that, while no one would dream of attributing love,