De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/144

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[original French]

douleurs. Il faut dire encore que cette science n'est possible qu'à la condition de se séparer entièrement de la Foi, qui loin de la servir, la pervertit.

Dans le système de la Révélation, la science de la Justice et des mœurs se fonde nécessairement, à priori, sur la parole de Dieu, expliquée et commentée par le sacerdoce. Elle n'attend rien de l'adhésion de la conscience, ni des confirmations de l'expérience. Ses formules absolues sont affranchies de toute considération purement humaine ; elles sont faites pour l'homme, non d'après l'homme, décrétées d'avance, et àperpétuité. Il impliquerait qu'une doctrine sacrée .reçûlfîâ moindre lumière des incidents de la vie sociale et de la variabilité de ses phénomènes, puisque ce serait soumettre l'ordre de Dieu à l'appréciation de l'homme, abjurer de fait la révélation, et reconnaître l'autonomie de la conscience, chose incompatible avec la Foi.

Tel est le Droit divin, ayant pour maxime l’Autorité : de là tout un système d'administration pour les Etats, de police pour les mœurs, d'économie pour les biens, d'éducation pour la jeunesse, de restriction pour les idées, de discipline pour les hommes.

Dans la théorie de l'Immanence, au contraire, la connaissance du juste et de l'injuste résulte de l'exercice d'une faculté spéciale et du jugement que la Raison porte ensuite sur ses actes. En sorte que, pour déterminer la règle des mœurs, il suffit d'observer la phénoménalité juridique à mesure qu'elle se produit dans les faits de la vie sociale.

D'où il suit que, la Justice étant le produit de la conscience, chacun se trouve juge, en dernier ressort, du biea et du mal, et constitué en autorité vis à vis de lui-même et des autres. Si je ne prononce moi-même que telle chose est juste, c'est en vain que le prince et le prêtre m'en affirmeront la justice et m'ordonneront de la faire : elle reste injuste et immorale, et le pouvoir qui prétend m'obliger est tyrannique. Et réciproquement, si je ne prononce dans mon for intérieur que telle chose est injuste, c'est en vain que le prince et le prêtre prétendront me la défendre : elle reste juste et morale, et l'autorité qui me l'interdit est illégitime.

Tel est le Droit humain, ayant pour maxime la Liberté: de là aussi tout un système de coordinations, de garanties

[English translation]

pains. It should be still said that this science is only possible on condition that it is completely separate from Faith, which, far from serving it, perverts it.

In the system of Revelation, the science of Justice and manners is necessarily based, a priori, on the word of God, explained and commented on by priesthood. It does not await the subscription of the conscience, nor the confirmation of experience, in any respect. Its absolute formulas are detached from any purely human consideration; they are made for man, not after man, issued in advance and to be observed in perpetuity. The sacred doctrines must not receive the least illumination from the incidents of the social life and variability of his phenomena, since such would be to subject the order of God to man's judgment, to abjure revelation de facto, and to recognize the autonomy of the conscience - a thing incompatible with Faith.

Such is Divine Right, which takes Authority for its maxim: from it springs a whole system of administration for States, police for mores, economy for goods, education for youth, restriction for ideas, discipline for men.

In the theory of Immanence, on the contrary, the knowledge of the just and the unjust issues from the exercise of a special faculty and from the judgement that Reason subsequently makes concerning its actions, such that observation of juridical phenomena as they occur in the course of social life will suffice to determine moral rules.

From whence it follows that, Justice being the product of the conscience, each one is, in the last instance, the judge of good and evil, and constituted as an authority with respect to himself and to others. If I do not tell myself that such-and-such is the right thing to do, it is in vain that the prince and the priest will assert its justice to me and order to me to do it: it remains unjust and immoral, and the capacity which claims to oblige to me is tyrannical. And reciprocally, if I pronounce in my for interior only such thing is unjust, it is in vain that the prince and the priest will attempt to forbid it to me: it remains right and moral, and the authority which prohibits it to me is illegitimate.

Such is Human Right, taking Freedom for its maxim: from whence is also derived a whole system of coordinations, reciprocal guarantees,