De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/146

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[original French]

Telle n'est pas la condition de la vie dans l'humanité, et telle elle ne saurait être. Le progrès de la Justice, théorique et pratique, est un état dont il ne nous est pas donné de sortir et de voir la fin. Nous savons discerner le bien du mal ; nous ne saurons jamais la fin du Droit, parce que nous ne cesserons jamais de créer entre nous de nouveaux rapports. Nous sommes nés perfectibles ; nous ne serons jamais parfaits : la perfection, l'immobilité, serait la mort.

Du reste, les annales des nations sont pleines des monuments de cette justification incessante de l'humanité par elle-même. Point de précepte, même le plus élémentaire, qui n'ait été l'occasion d'un doute et le prétexte d'une lutte terrible ; mais le triomphe final de la Justice sur l'égoïsme est le phénomène le plus certain et le plus admirable de la psychologie, et, comme il démontre l'efficacité de la conscience, il prouve en même temps sa haute garantie.

Les premiers qui, sous le coup de cette illumination radieuse du sens moral, s'organisèrent en sociétés, furent si ravis, qu'ils prirent l'émotion de leur cœur pour une inspiration surnaturelle, témoignage d'une volonté divine, devant laquelle ils ne surent qu'humilier leurs fronts et frapper leurs poitrines. De là ces légendes merveilleuses, que le christianisme a prétendu élever à la hauteur de théories scientifiques, et qui forment la base de la discipline.

La théorie de l'Immanence, en même temps qu'elle résout les contradictions apparentes de la morale, explique encore toutes les fictions du système prétendu révéle. Elle donne, pour ainsi dire, l'histoire naturelle de la théologie et des cultes, la raison des mystères, la biographie des dieux. Elle nous montre comment la religion est née de la prépondérance qu'a reçue dans la société un des éléments essentiels de l'âme, élément qui, souverain en métaphysique, doit rester secondaire dans la pratique, l'Idéal. Elle n'est que d'hier, et déjà nous lui devons cette étincelle qui fait pâlir les lumières de l'ancienne foi ; calomniée à outrance, elle nous sauvera des corruptions in extremis d'une réaction au désespoir et d'une religiosité qui s'éteint.

XXI. — J'ai résumé les deux hypothèses qui sur la

[English translation]

Such is not the condition of life for humanity, and such it could not be. The progress of Justice, theoretical and practical, is a process from which we cannot detach ourselves in order to see the end. We know to distinguish good from evil; we will never know the end of Right, because we will never cease to create new relations among ourselves. We were born perfectible; we shall never be perfect: perfection, immobility, would be death. The first who organized themselves into societies under the spell of this radiant illumination of the moral sense were so enchanted that they took the emotions of their heart for a supernatural inspiration, the testimony of a divine will, before which they could only abase themselves and beat their breasts. From thence come those marvelous legends that Christianity claimed to raise to the height of scientific theories and that form the foundation of its discipline.

In any case, the annals of the nations are full of monuments to this ceaseless self-justification of humanity. No precept, even the most elementary, that was not an occasion for doubt and the pretext of a terrible struggle; but the final triumph of Justice over egoism is the surest and most admirable phenomenon of psychology, and, as it demonstrates the efficacity of the conscience, it proves at the same time its supreme guarantee.

The theory of Immanence, at the same time that it resolves the apparent contradictions of morality, also explains all the fictions of the alleged system of revelation. It provides, so to speak, the natural history of theology and cults, the reason for the mysteries, the biography of the gods. It shows us how religion was born from the preponderance given in society to one of the essential elements of the soul, an element which, sovereign in metaphysics, must remain secondary in practice, the Ideal. It was only yesterday, and already we are indebted to this spark that makes the lights of the old faith fade; calumniated as something blasphemous, it will save us from the corruptions in extremis of a reaction to despair and a dying religiosity.

XXI. — I summarized the two hypotheses which divide the world on the