De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/147

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/147/146 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/147/148

[original French]

science des mœurs se partagent le monde. Leur vérification fera l'objet de ces études, dont vous pouvez vous vanter, Monseigneur, d'avoir été l'inspirateur. Mon intention n'est pas d'écrire un traité de morale, pas plus qu'une philosophie de l'histoire. Ma tâche est plus modeste : il s'agit de nous orienter d'abord, le reste ira tout seul.

En vertu de quoi sommes-nous honnêtes gens, quand nous le sommes ; et cessons-nous de l'être, quand l'égoïsme prend le dessus dans notre cœur? Qu'est-ce que la Justice? Y en a-t-il une? A-t-elle son foyer dans l'homme ou dans la Divinité? Pouvons-nous la reconnaître, la certifier, .la suivre? Qu'est-ce qui nous en garantit la réalité, la nécessité, la suprême bienfaisance? Pouvons-nous nous sacrifier, même sans espoir de retour, et rester heureux et libres?

Ce qui revient à dire, d'après l'exposé succint que nous venons de faire des deux théories qui se produisent :

La Justice est-elle avec l'Eglise, ou avec la Révolution?

D'un côté, quel a été jusqu'ici l'enseignement de l'Eglise? Que vaut sa doctrine ? Comment assure-t-elle la vertu et la liberté de l'homme? Qui l'agite à cette heure, et contre quoi se montre-t-elle si pleine de haine et de menace?

En revanche : quelle est la signification morale et juridique de la Révolution ? Quelle est sa puissance de perfectionnement? N'est-ce point un paradoxe, après avoir accusé la morale chrétienne d'insuffisance, de nullité, de corruption, de prétendre lui en substituer une autre plus rationnelle, plus libérale, et à tout jamais inviolable?

Jamais, j'ose le dire, la pensée religieuse qui donna naissance à l'Eglise, et qui en dehors d'elle aime toutes les sectes mystiques, ne se sera trouvée à pareille fête ; car jamais parole aussi forte n'aura été prononcée sur elle. Que l'homme pense de Dieu et de l'autre vie ce qu'il voudra : avant tout il est né pour la Justice, et son bonheur, sa récompense, est dans sa fidélité à la loi. En lui est le principe de ses mœurs, leur raison, leur vertu, leur sanction. La Justice est l'efflorescence de notre âme; la morale est l'anthologie de l'humanité. L'intervention d'une autorité surnaturelle dans les prescriptions de la conscience, loin d'ajouter à la vertu, ne fait que consacrer l'immoralité. O prêtres, vous ne direz pas toujours que la

[English translation]

science of manners. Their verification will be the subject of these studies, which you can pride yourself, Monsignor, on having inspired. My intention is not to write a treatise on morals, no more than a philosophy of history. My task is more modest: it is a question of beginning by orienting ourselves; the rest will come of itself.

Under the terms of what are we decent people, when we are such, and do we cease to be so when egoism gets the upper hand in our hearts? What is Justice? Is there such a thing? Does it have its home in man or in Divinity? Can we recognize it, certify it, follow it? What guarantees do we have of its reality, its necessity, its supreme benevolence? Can we sacrifice ourselves, even without hope of return, and remain happy and free?

Which comes down to saying, according to the brief exposition that we have just made of the two theories that have been proffered on this subject:

On the one hand, what has been, up to now, the teaching of the Church? What are its doctrines worth? How does it assure man's virtue and freedom? What troubles it at this moment, and against what does it show itself so full of hatred and menace? Is Justice on the side of the Church or the Revolution?

On the other hand: what is the moral and legal significance of the Revolution? What is its power of improvement? Isn't it a paradox, after having accused Christian morals of insufficiency, nullity, and corruption, to claim to substitute for it another morality that is more rational, more liberal, and forever inviolable?

Never, I dare say, shall the religious thought that gave rise to the Church, and that is beloved of all the mystical sects outside of it, have been found at such a feast; for never will such a strong sentence have been pronounced upon it. Let man think of God and the afterlife as he likes: above all, he was born for Justice, and his happiness, his reward, is in his fidelity to the law. In that consists the principle of his manners, their reason, their virtue, their sanction. Justice is the efflorescence of our soul; morality is the anthology of humanity. The intervention of a supernatural authority in the regulations of the conscience, far from adding to virtue, does nothing but consecrate immorality. O priests, do not always say that the