De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/148

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[original French]

Révolution est une force négative, qu'elle ne produit que des ruines, qu'elle est impuissante à rien créer. La vie de l'homme est courte, et la Révolution ne date pas encore d'une vie d'homme. Votre livre des Evangiles ne fut mis au net qu'un siècle après la mort de Jésus-Christ; et cependant, au commencement du quatrième siècle, la secte chrétienne passait encore pour l'ennemie du genre humain. Nous avons marché plus vite, car voici que déjà, sur la poussière des croyances passées, l'humanité jure par elle-même; elle s'écrie, la main gauche sur le cœur, la droite étendue vers l'infini : C'est moi qui suis la reine de l'univers; tout ce qui est hors de moi est inférieur à moi, et je ne relève d'aucune majesté.

Ne vous signez pas, Monseigneur; ne criez pas au blasphème, ne dites pas que celui qui vous discute vous outrage. C'est une vieille tactique de l'Eglise de traiter la libre pensée de sacrilége, et de brûler au lieu de réçpndre. Votre M. de Mirecourt ne m'a-t-il pas fait dire déjà que le christianisme était une vieillerie, une loque, tombant par lambeaux? Aussi conclut-il :

Dieu seul peut lui répondre avec sa foudre, à moins qu'il ne laisse ans hommes le soin de l'envoyer à Bicêtre.

Non, Monseigneur, et je tiens à ce que vous en preniez acte, jamais je ne me suis exprimé sur la religion chrétienne, qui fut celle de mes pères, Deus patris mei, ni sur aucune religion, avec cette indécence qui n'eût déshonoré que ma plume. J'ai toujours respecté l'humanité, dans ses institutions, dans ses préjugés, dans son idolâtrie, et jusque dans ses dieux. Comment ne la respecterais-je pas dans le christianisme, monument le plus grandiose de sa vertu et de son génie, et le phénomène le plus formidable de l'histoire? Outrager, de paroles ou de gestes, une religion! Il n'y a qu'un homme élevé dans les principes de intolérance catholique à qui puisse venir cette idee stupide.

La religion est l'amante mystique de l'Esprit, la compagne de ses jeunes et libres amours. Semblable aux guerriers d'Homère, l'Esprit n'habite pas seul sous sa tente ; il faut une amoureuse, une Psyché, à ce Cupidon.

[English translation]

Revolution is a negative force, that it produces only ruins, that it is powerless to create anything. The life of man is short, and the Revolution does not yet go back as far as a man’s lifetime. Your book of Gospels was completed only a century after the death of Jesus Christ; and yet, at the beginning of the fourth century, the Christian sect still passed for the enemy of mankind. We progressed more quickly, because here already, upon the ruins of expired beliefs, humanity swears upon itself; with its left hand on its heart, its right hand extended to the infinite, it cries out: It is I who am the queen of the universe; all that is outside of me is lower than me, and I belong to no majesty.

Do not cross yourself, Monsignor; do not shout blasphemy, do not say that the one who argues with you insults you. It is an old tactic of the Church to treat free thought as sacrilege, and to burn critics instead of answering them. Didn't your M. de Mirecourt already make me say that Christianity is an old-fashioned thing, a wreck, falling into scraps? He also concludes:

God alone can answer him with his lightning, unless he leaves to men the care to send him to Bicêtre.

No, Monsignor, and I insist that you take note of it, I have never expressed myself, concerning the Christian religion, which was that of my fathers, Deus patris mei, nor concerning any religion, with this indecency, which would have dishonoured only my pen. I have always respected humanity, in its institutions, its prejudices, its idolatry, and even its gods. How should I fail to respect it in Christianity, the most imposing monument of its virtue and its genius, and the most formidable phenomenon of history? To offend, of words or gestures, a religion! Such a stupid idea could only occur to a man raised in the Catholic principles of intolerance.

Religion is the mystical lover of Mind, the partner of its young and free amours. Like Homer’s warriors, Mind does not live only under its tent: there must be a lover, a Psyche, for this Cupid.