De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/152

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[original French]

et aux feuilles périodiques. Lorsque ensuite M. de Mirecourt, muni de votre épître, m'honora de sa visite, je l'engageai à me laisser tranquille, et même à quitter son métier de biographe. Sans moyen d'action contre lui, que pouvais- je davantage?

Mais la morale, qui régit le chrétien aussi hien que le socialiste, la morale, vous le savez, Monseigneur, s'étend plus loin que les garanties du Code. Je vous demande donc encore une fois comment, abstraction faite même de la diffamation, un biographe peut impunément toucher à ma personne? Cela vous fait sourire, episcope, dont le métier est de surveiller, inspecter, signaler, et censurer le prochain. Attendez-moi un instant, et vous ne rirez guère.

La propriété est inviolable. Sous aucun prétexte il n'est permis de poser la main sur une chose appropriée, de l'employer à quoi que ce soit, d'y faire aucun changement, de l'amoindrir, à plus forte raison de s'en emparer, sans la permission du propriétaire. Les art. 675 à 680 du Code civil ne permettent pas même qu'on y regarde ; les vues sur la propriété du voisin sont soumises à des conditions sévères, qui en rendent l'usage tout à fait innocent. L'infraction au respect de la propriété donne lieu à une action qui peut aller, suivant la gravité du cas, depuis la simple indemnité jusqu'à la peine afflictive et infamante, jusqu'à la mort.

Voilà ce qu'a fait le législateur civil pour la propriété, pour la chose de l'homme. Et le législateur divin est allé plus loin encore : il a défendu de la désirer ; il a fait de cette convoitise un péché qui peut devenir mortel : Non concupisces.

Mais pour le moi de l'homme, on n'y a pas regardé d'aussi près. Il est livré à l'inspection du premier venu, abandonné à l'indiscrétion des biographes, à l'exploitation des libellistes, à l'insulte des zélateurs, armés du glaive de la parole et du stylet de l'écriture, pour la défense de la religion et de l'ordre. Toute licence leur est accordée de s'emparer de ce moi, d'en faire ce que bon leur semble, de regarder au fond, de s'y installer, de le torturer, berner, vilipender, sous réserve de certaines exorbitances dont le magistrat, sur la plainte du patient, se réserve l'appréciation.

[English translation]

and the newspapers.

When then M. de Mirecourt, provided with your epistle, honored me with his visit, I asked him again to leave me in peace, and even to abandon his trade as a biographer. Without means of action against him, what more could I do?

But morals, which govern the Christian as well as the socialist, morals, as you know, Monsignor, extend further than the guarantees of the Code. I thus ask you once again how, even apart from the matter of slander, a biographer can touch my person with impunity? Does that makes you smile, bishop, you whose trade is to supervise, inspect, point at, and censure his neighbors? Listen to me for a moment, and you will hardly feel like laughing.

Property is inviolable. Under no pretext is it permitted to put one’s hand on anything that has been appropriated, to employ it for anything, to make any change to it, to reduce it, much less to seize it, without the permission of the owner. Articles 675 to 680 of the Civil Code do not even allow one to look at it; gazing at one’s neighbor’s property is subject to severe strictures, even in cases of complete innocence. Infringement with the respect to property gives grounds for action, according to the gravity of the case, from a simple indemnity, to afflictive and defamatory pain, to death.

That is what the civil legislator of property did for man’s possessions. And the divine legislator went still further: he forbate the desire for it; he made of this covetousness a sin which can become mortal: Non concupisces.

But for man’s ego, no such protection exists. It is delivered to the inspection of the first come, given up to the indiscretion of the biographers, to the exploitation of the lampoonists, the insult of the zealots, armed with the sword of the word and the writing stylus, for the defense of religion and order. All license is granted them to seize this ego, to do to it what good seems to them, to look into its depths, to intrude into it, to torment it, to ridicule it, to vilify it, to subject it to certain outrages that it is left to the magistrate, on the victim’s complaint, to judge.

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