De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/154

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/154/153 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/154/155

[original French]

puissance d'un principe, nous honore; qui vous autorise à y ajouter l'infamie?

II. — Je commence donc par poser ce principe, que je nomme principe de la dignité personnelle, comme fondement de la science des mœurs : Respecte-toi.

Ce principe établi, je dis qu'il a pour conséquence de nous faire respecter la dignité des autres autant que la nôtre propre. La charité ne vient qu'après, bien loin après : car nous ne sommes pas libres d'aimer, tandis que nous le sommes toujours de respecter, et que dignité, comme nous le verrons plus bas, c'est Justice.

Or, pour qui considère nos habitudes de licence, nos goûts de calomnie, notre régime policier, notre esprit d'insolidarité, notre insouciance du bien public, nos inclinations de serfs et de laquais, il est évident que le respect de la dignité individuelle est oblitéré dans les âmes : je ne voudrais que ce seul fait pour conclure que notre société n'a pas de mœurs.

Je généralise donc ma question, et, sans m'occuper davantage de ce qui me concerne, je demande : Comment le respect de la dignité individuelle, qui, d'après la définition que nous avons donnée des mœurs et le préjugé que nous avons de la Justice, devrait être la pierre angulaire de la société, s'est-il affaibli à ce point dans la conscience de notre nation?

Car il ne s'agit plus ici d'un sacrifice exceptionnel, commandé par le salut public : c'est un système de déconsidération générale, qui, compromettant la dignité de tous les citoyens, compromet celle de la nation tout entière.

Vous dirai-je toute ma pensée, Monseigneur? Cette explication que je vous demande, il vous est difficile de l'apercevoir : vous la portez sur le front, entre les deux yeux. C'est donc à moi de vous la lire ; réfutez-moi, si vous pouvez, il y va de votre plus précieux intérêt. Car, si vous me permettez cette métaphore, qui n'a nullement trait à votre personne, je frapperai le berger, comme dit l'Ecriture, et gare le troupeau !

Le fait que je dénonce a son principe dans la notion de cet Invisible, que le mysticisme nous montre placé derrière la conscience, lui soufflant ses droits et ses devoirs, et dont

[English translation]

force of a principle, honors us; what authorizes you to add infamy to it?

II. — I begin by positing this principle, which I call the principle of personal dignity, as the foundation of the science of morals: Respect yourself.

This principle having been established, I say that it has the effect of making us respect the dignity of others as much as our own. Charity comes later, much later: because we are not free to love, whereas we are always free to respect, and whereas dignity, as we shall see below, is Justice.

But for those who consider our habits of license, our tastes for slander, our police regime, our spirit of non-solidarity, our lack of concern for the public good, our servile and lackey-like inclinations, it is clear that respect for individual dignity is obliterated in our souls: I want only to conclude from this very fact that our society has no morals.

I shall generalize my question, and without concerning myself further with my own case, I ask: How has the respect for individual dignity that, according to the definition of morals that we have given and our prejudice that we have for Justice, should be the cornerstone of society, weakened to such a degree in the consciousness of our nation?

Because it is no longer a question here of an exceptional sacrifice in the name of public health; it is is a system of general loss of respect, which, in compromising the dignity of all citizens, would compromise that of the entire nation.

Shall I tell you all that I think, Monsignor? This explanation that I ask from you is difficult to perceive: you are wearing it on your forehead, between your eyes. So it is up to me to read it; refute me, if you can; it is your most precious interest. For, if you will allow me this metaphor, which has no relation to you, I smite the shepherd, as Scripture says, and protect the flock!

The fact that I had condemned in principle the concept of this Invisible, that mysticism shows us behind the conscience, inspiring it with its rights and duties, and which

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